Affichage des articles dont le libellé est Claire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Claire. Afficher tous les articles

mardi 7 mars 2023

Les bruits de Josiane

Le petit matin s'immisce dans les fentes du rideau, laisse entrevoir un pied qui dépasse du lit. On entend au loin des bruits de machines. La femme bouge sous la couette, se retourne du côté droit face au mur et se bouche les oreilles. Un temps. Le bruit de fond continue. Une main surgit du lit en direction de la table basse, appuie sur un appareil qui émet alors une musique dramatique. La jambe droite puis la gauche émergent, elles aussi de la lourde couverture. Les pieds nus touchent le sol, le bus se redresse lentement, le corps se déploie vers le ciel dans toute sa hauteur, puis commence à avancer pas à pas, en direction de la porte.

Arrivée dans la cuisine, la femme ouvre un placard d'où elle sort une boîte de café, vide le contenu dans une vieille cafetière quelle revisse et met sur le feu.

Debout, à côté de la gazinière, elle attend. Elle bâille, s’étire, regarde par la fenêtre, fredonne l'air qui continue à s'échapper de la chambre. Elle soulève le couvercle de la cafetière - pas encore.

Adossée au plan de travail, elle resserre sa robe de chambre sur sa poitrine, baille une nouvelle fois, range la boîte dans le placard. De la fumée sort en continu de la cafetière qui émet un bruit strident. A peine a-t-elle coupé le gaz qu’une voix s’élève du fond de l'appartement réclamant sa part de breuvage matinal.

Elle apparaît à la porte de son immeuble, les yeux cernés mais la démarche rapide et les gestes vifs. Déterminée, elle avance sur le boulevard et monte dans un taxi. Téléphone à l'oreille, elle gesticule tout en parlant et c'est tout son corps qui semble parler. Quelques heures plus tard, elle revient chargée de sacs remplis et s'engouffre dans la boulangerie. Elle en ressort au pas de course pour venir s'asseoir à quelques tables de la mienne, où une jeune dame l'attend. Elles passent presque une heure à échanger, l'air grave, le nez plongé dans des papiers. Puis elle prend congés, s’éloigne du bar et quelques secondes après je vois la fenêtre de son salon s'éclairer.

Aka le réveil

Passé le réveil après une nuit trop courte, l'énergie monte rapidement. Elle prend d'abord ses quartiers dans la boîte crânienne, la caboche, la comprenette, la matière grise. Sur l'autoroute des pensées, les idées filent à 180 à l'heure. Le corps, lui, atteint difficilement les 50 km/heure. Le moteur n'a pas encore chauffé, les yeux sont encore collés, la bouche pâteuse de la nuit, passage à la station essence – Aka la boulangerie - pour faire le plein d’essence – Aka les calories. Travail oblige de l'ensemble du corps se met en action, en bonne entente avec le maître des opérations – Aka le cerveau susmentionné. Le flux des pensées/ruminations/ projections se tait pour laisser place à des mouvements coordonnés à visée d’efficacité. Ça s'agite bien à cette heure-ci, corps et mental ont passé la 3ème - les membres s’actionnent à toute vitesse. Agitation. Difficulté à retrouver le calme, une fois la tempête passée. Ah tiens, je perçois une gêne dans la poitrine.  Poumons, cœur ou simple muscle ou facies endoloris ? En tout cas, on dirait que plus j'y pense plus la gêne se fait grande. Elle vient parasiter mon cerveau qui s'emballe :  hypocondrie ! Appel au repos ? contrôle technique ? Eclipse géographique du corps : n'existe plus que cette zone douloureuse, le reste du corps s’efface de la carte de mes sensations. A part peut-être les pieds froids qui ne me laissent aucun répit en hiver. C'est à peine si je sens mon ventre et son dur labeur après un repas lourd et bien trop rapide. Dernier coup de boost pour ne pas rater le rendez-vous de 13h30 avant de pouvoir laisser ce corps de côté pendant quelques heures. 

vendredi 24 décembre 2021

Besoin d'acheter de la poésie

J'ai cru que j'étais perdue dans le stade de foot. Puis, j'ai soudainement réalisé que j'avais éteint mon cerveau. Je me remplissais alors de tendresse et de beauté. Ça tombe bien, il se trouve que j'avais justement besoin d'acheter de la poésie. C'est un peu ras des pâquerettes mais non dénué d'humour sans en prendre conscience.

Où est passé le farfelu ?

Je regrette éperdument ces moments d'innocence. Libres et insouciants, nous nous régalions à passer des heures à regarder les nuages pour y déceler des figures familières. Sans le savoir vraiment, nous étions ivres de légèreté. Fauves indomptés, âmes ardentes, le temps n'avait pas de limite pour nous. L'infini nous ouvrait ses bras et nous nous y jetions à corps perdus. Il me semble que nous brûlions d'un feu intérieur qui s'est éteint. J'ai envie de crier "Où est passé le farfelu ?" Je pensais être fière de me connaître, aujourd'hui je suis triste de ne plus me surprendre.

lundi 22 mars 2021

Oh Dédé ! Tu tchatches trop fort !

René vient de franchir la porte du bar des sports, et, excédé par le bruit ambiant, s'écrie :

Oh Dédé !

Tu tchatches trop fort !

Qué boucan c’ui là !

Lâche-nous avec tes dés maudits va.

Tu joues tu cries tu secoues tes bras mous, on dirait un fada.

T’attends quoi ? Gagner le gros lot pour te la couler douce sur une ile ?

Mais c’est pas ça la clé du bonheur !

A part :

La voie de la félicité, je vous le dis chers lecteurs, elle est dans la boite à clous. Indubitablement, ce qui me fait prendre mon pied, c’est ma caboche.

Quand on a grandi avec peu, sans livres ni jouets, il faut faire preuve d’inventivité pour ne pas mourir d’ennui. Mais si vous avez assez d’imagination, pas besoin de théâtre pour aller au spectacle. Votre petite tête se charge de métamorphoser la réalité, de planter le décor, de dérouler l’intrigue. Comme dans le Petit Prince, vous savez. Un simple parallélépipède se transforme en boite contenant un mouton.

La fabulation c'est la libération. Et pas besoin d'avoir l'imaginaire d'Asimov pour embarquer dans la fusée de la fantaisie. Comme dans Mary Poppins, vous vous souvenez ? Sauter à pieds joints dans un tableau, c'est bête comme chou comme idée, mais qu'est-ce que ça ouvre comme possibilités !Intermineralisinventiquestranarchophagipoesidanimzlierofragilus, c'est pas ça qu'ils disent dans le film ? Ha ça, s’ils le mettaient dans le dictionnaire, ça serait bien le mot le plus long. Encore plus long qu'anticonstitutionnellement. Quel mot rébarbatif. Franchement, la langue française en connait des plus poétiques. Aurore éclatante de promesses fugaces électrise l'atmosphère inerte d'une nuit fantasmagorique. Bon, syntaxiquement c'est un peu lourd certes, mais quels mots ! Ça roule, ça caresse, ça chante....

Je crois bien que c'est ça qui m'effraie le plus, perdre mes mots un jour. Alors combativement je m'applique, chaque jour, à en utiliser le plus possible pour pas qu'ils m'échappent, pour les garder près de moi le plus longtemps possible. Je les chéris, je les chantes, je les écris..

Dans l'ambiance enfumée du bar, les joueurs invétérés misent, jettent les dés, cochent les grilles, grattent les tickets. René embrasse la salle du regard avec tendresse, et s'arrête sur le visage de Bertrand, le patron et ami de longue date. Il discute avec un jeune homme souriant accoudé au comptoir. Ce dernier remarque René et l'apostrophe : "Oh le poète, comment il va ?". René reste interdit, et fini par bredouiller un petit "Ça va, ça va". Le jeune homme quitte le bar en adressant un signe de la main aux clients.

René s'approche du comptoir et s'adresse à Bertrand :

- Dedieu, je savais pas que j'avais une telle réputation...

- Bah mon vieux, tu le connais, c'est Flo, le petit fils de Michel, qui est de passage à Marseille. Il était là la semaine dernière.

Le regard de Bertrand s'assombri. Il prend la main de René.

- Ca s'arrange pas hein ?

Atterré, René se tourne vers l'aquarium qui trône au bout du zinc. Il tente de saisir dans le regard du poisson rouge ce qu'on peut ressentir quand la mémoire nous fait défaut. Mais tout ce qu'il réussit à voir dans le reflet du bocal, c'est le visage d'un vieux singe à qui on apprend pas à faire des grimaces.

jeudi 17 décembre 2020

Le Prince

Lynda : 43 ans, self made women. Intellectuelle engagée et un peu perchée. Elle travaille dans la culture et a une vie de célibataire endurcie depuis la séparation avec son ancien mari. Fille d'un poète sans le sou et d'une ouvreuse de théâtre, elle a gardé de cette union le gout du verbe et la volonté de ne pas galérer dans la vie.

Bastien : Fils de Lynda, 15 ans. Il est le parfait adolescent nonchalant et rêveur. En dehors des cours, ses activités consistent à geeker, écouter de la musique, trainer avec ses copains. Avant de mourir, son grand père lui a transmis ses perles de sagesse, qui l'ont profondément marquées. Depuis, il fait preuve d'un flegme et d'un optimisme à toute épreuve.

///

Un soir, ils partent se promener dans le parc. Etrange : aucun oiseau ne chante ; Etrange : le parc est vide. Etrange : le vent dans les feuilles entonne un sifflement de plus en plus fort. Mère et fils décident de quitter le parc mais se trouvent face à des grilles fermées.

Lynda : Ça alors, les grilles sont fermées. Comment on va réussir à sortir ? Ohlala il faut que ça tombe aujourd'hui, le soir du vernissage à la Tate ! Le sort s'acharne sur moi avec la régularité du tic toc d'une horloge.

Bastien : Ca va m'man, on va trouver une soluce.

Lynda : Il n'y a pas un bruit, c'est vraiment inquiétant... Ils ont dû évacuer le parc mais nous n'avons rien entendu. Quel silence de mort...

Bastien sort son portable et lance "Move for me", le dernier morceau de son rappeur préféré

Lynda : Ha non éteins moi cette horreur !

Bastien : Ca va, ca va, t'énerve pas.

Lynda : Essayons de trouver le gardien pour qu'il nous fasse sortir.

Ils avancent dans le parc éclairé par le portable de Bastien car la nuit tombe

Bastien : Tu sais, le Prince de Sang disait toujours "s’il n'y a pas de solution c'est qu'il n'y a pas de problème".

"Prince de Sang" c'était le surnom que Bastien avait donné à son grand père, à cause de la dignité dont il faisait preuve en tout circonstance, et du sang chaud qui coulait dans ses veines.

Lynda : En ce qui le concerne c'était plutôt "si tu ne trouves pas de solution à ton problème, demande à ta femme elle le fera pour toi".

Bastien : T'es dure avec lui, il était doué en tant que poète mais il avait pas le sens des choses concrètes c'est tout, ça va.

Lynda : J'ai encore beaucoup de choses à t'apprendre, notamment en ce qui concerne les rapports homme/femme et le féminisme. Tu as bien poussé et ton esprit commence à s'ouvrir, mais tu n'es encore qu'un bourgeon.

Bastien : Ca va lâche moi avec tes métaphores débiles !

Lynda : Bon c'est pas le moment de se disputer, il faut vraiment qu'on sorte de ce parc.

Ils continuent de marcher en approchant de la cabane du gardien

Bastien se met à réciter à voix haute

 L’enfant est doux et fragile

 Ça lui vient surement des roses

 Sur lesquelles souvent il pose

Un regard immobile

L’enfant est vif et rapide

Ça lui vient surement du vent

Qui, incessant

Balaie sa terre turpide

L’enfant aime les mots

Ça lui vient surement de son aïeul

Dont il fera bientôt le deuil

 Lynda : Tu apprends de la poésie toi ?

Bastien : Ben oui ça va, c'est celui que le Prince a écrit pour moi quand il était à l'hôpital.

Lynda, abasourdie : Ah bon ?

Bastien : Ouais, c'est classe comme dédicace !

Lynda : J'ignorais qu'il t'avait écrit des vers, encore plus que tu les conservais et les apprenais par cœur !

Bastien : Ca va, commence pas à monter sur tes grands chevaux. Je l'aimais bien pépé, j'y pense souvent. Mais comme vous étiez un peu fâchés j'osais pas t'en parler.

Le gardien les aperçoit

Gardien : Qu'est-ce que vous faites là, vous ne m'avez pas entendu évacuer le parc ?

Lynda : Monsieur je suis confuse, je devais être au téléphone et mon fils toujours avec ses écouteurs...

Il leur ouvre la petite porte et leur souhaite une bonne soirée

Lynda : Bon, il est déjà tard pour aller au vernissage. On rentre à la maison et tu me montres les poèmes du Prince ?

Bastien : Ça va 

vendredi 16 octobre 2020

Le rituel

Du lundi au vendredi
De novembre à février
C'est toujours le même merdier
Avec cette putain de pluie
Réveil 6h
Petit dej express
Je saute dans mes bottes
Et au boulot !
Regarder en l'air l'écume des nuages
Sur le chemin de l'école (pas de la plage)
A mon arrivée, café brûlant
En observant la pluie dégouliner sur les carreaux gluants
Puis agripper le râteau
Et commencer à déblayer
La cour qui bientôt
Sera remplie de marmots
8h
Arrivée des chieurs
8h30 déjà affairée à frotter
Les traces de boue qu'ils ont laissées
9h première pause cigarette
Sous le ciel grisé
Promis demain j'arrête

La Fête des animaux

En sortant du terrier
J'ai suivi le sentier
Le fond de l'air était doux
Les étoiles se miraient sur le bitume
Les voiles glissaient sur l'écume
Glacée par tant de sérénité
J'ai pris mes jambes à mon cou
Suivant une douce mélopée
Je découvre une fête foraine de quartier
Avec des badauds par floppée
Quelle ambiance fantastique !
La fête battait son plein
Dans une atmosphère chaotique
A gauche une maquerelle jouait à la marelle
Plus loin un kangourou gourou professait des âneries
Sur la droite le curé jonglait avec des balles enflammées
Pendant qu'un chat balèze faisait du trapèze
A la buvette le barman perdait patience
Un farceur avait remplacé sa bière par de l'essence
Et enfin je découvris
Ce qui par-dessus tout me surpris
Une araignée en train de s'épiler