lundi 18 février 2019

Je la vois

Je la vois. Elle passe sa porte. Le soleil l’éblouit, ses yeux plissent. Puis, elle prend une expression étonnante, comme si elle avait subitement croisé la silhouette d’un animal familier, qui se serait travesti. Elle s’adresse à lui : « Arrête de rire avec le premier moineau venu ! ».
Contrairement à d’habitude, le discours de cette femme est farfelu. Elle, qui, d’ordinaire, est une femme si structurée, et dont les rêveries sont d’un réalisme désarmant, me surprend par cette brusque transformation ; alors, j’efface cette image qui me déstabilise. Je me complairais désormais à la décrire, tel qu’il m’a toujours été donné de la voir, jusqu’à ce jour.
Je veux dorénavant décrire une femme lucide, qui erre souvent dans de vieilles maisons. Sa mémoire est translucide, ses émotions ne transparaissent jamais sur son visage lisse ; elle rêve souvent la nuit, comme tout un chacun, mais à son réveil, l’expression de son visage est celui d’une statue, dont l’existence est figée pour l’éternité.

Les vieilles maisons

Je n’ai pas compris ce qui m’arrivait... D’habitude, je ne fais que des rêves réalistes. Par exemple, je
déambule dans de vieilles maisons, que je finis par connaître par coeur car leur architecture est récurrente dans mes rêves. D’ordinaire, j’y aurais peut-être rencontré un chat, qui aurait couru après un moineau...
Enfin, rien de mystérieux là-dedans !!! Je ne rencontre nul gendarme dans ces vieilles maisons car je ne fais jamais de rêves farfelus. Franchement, les rêves réaliste ne me font pas rire, j’en ai conscience, et, du coup, mon existence manque de soleil, à cause de la banalité de mes rêves. Je le vis comme une porte fermée à mon inconscient qui se tait...

Le premier moineau venu

J’ai pris conscience, qu’un jour de soleil, en fermant ma porte, j’ai rencontré un chat mystérieux, déguisé en gendarme farfelu, dont le sport favori était de rire avec le premier moineau venu.

dimanche 27 janvier 2019

Le Jardin

Je reviens vers la terre, je survole de la verdure, atterri prés d'une rigole, une eau boueuse arrose le jardin. Un jardinier s'affaire prés d'un mûrier. Il sème des graines, qui sitôt le sol touché, se transforment en plantes déployées et fleuries d'un jaune croustillant. Cela fait, une nuée de scarabées dorés volettent autour dans une lourdeur saccadée et une zizanie de sons sortant des arbres, et l'eau déborde, alerte, de la rigole et baigne les nouvelles plantes aux fleurs jaunes. 
En quelques instants, le jardin entier baigne dans la boue, moi-même je m'enfonce dans ce débordement, vient alors un pélican qui se pose sur le mûrier. Il a un regard absent et une présence rassurante. Les pieds dans l'eau, j'ai la sensation d'être une plante. Le jardinier est contemplatif. L'eau tourbillonne avec une sonorité vive. Et des papillons noirs m'entourent : ils prennent ma tête pour une fleur. J'ai la sensation que ma tête est une fleur. J'ai l'impression d'être à l'écoute de la terre et que le ciel m'enveloppe. Je suis douché par l'air du vent et le soleil m'embrasse.

Rêve, Cauchemar, Réalité


Je ris. Je ris aux éclats, assise sur ma chaise, le soleil brûlant le sommet de mon crâne. Je bascule la tête en arrière, les dents offertes aux rayons lumineux, que m’offre ma pièce sans toit. Mes yeux, plissés par le rire, me laissent entrevoir un moineau sur le pan du mur brut. Il essaie de piailler plus fort que moi, je me mets à siffler comme lui. Mon moineau voyeur chante à tue-tête. Quand un chat vient bondir sur lui. Le moineau s’envole et le chat m’observe de son œil mystérieux. J’ai cessé de rire, je connais ce chat. J’ai conscience qu’il le sait, il vient m’avertir. Oui, je le remets, c’est le chat de mon papy, il rôdait dans la maison, comme une âme en peine, tandis que les gendarmes cherchaient papy, parti en errance sur la commande de son capitaine Alzheimer. Mon papy était un peu farfelu et j’avais toujours peur qu’il ne fasse de mauvaises rencontres. Des chatouilles viennent interrompre mon tête-à-tête avec le chat, je reprends mes rires de petite-fille, le buste plié en deux cette fois, je bascule vers l’avant, les larmes coulent sur le visage, tellement le rire est fou. Quand soudain, un claquement de porte interrompt ma joie. Silence. Faites entrer l’accusé.

Le gendarme vient détacher mes liens sur ma chaise, mes poignets ne sont plus que de deux os, alors que mes mains et mes bras sont rosés et potelés. Je cherche du regard de chat qui n’y est plus. Le soleil non plus d’ailleurs. Un grand coup de froid est tombé sur mes épaules. Le gendarme à des barbelés à la place du sourire et des barreaux à la place des yeux, et me montre de sa main, dont les doigts sont des fourchettes, la porte grande ouverte. Un souffle glacé vient m’enrouler la taille comme un ruban de chamallows et me tire vers le noir. La chute dure. Eternel battement de mes pieds palmés, de mes ailes sans plumes, de mon front en forme de visière pour faire résistance à l’air.
Réception sur une boule de mousse vert pomme. Je replis mes ailes, je ferme mon front, mes yeux s’allument sur deux ampoules, deux bulbes jaunes. J’ai la tête du chat. Heureusement pour moi, mes poils me protègent des branchages de la forêt. Une forêt faite de ronces, de lierres, de chauves-souris à l’envers, de corbeaux qui crissent, de jus de betteraves qui coule des arbres. Je m’avance à pas feutrés, poussée par les cris des damnés. Je suis chat et déploie mes petits coussinets pour amortir les blessures du sol, fait d’écorce, d’épines, de carapaces de cafards et de cerfs-volants. Je suis mon intuition de chat et le laisse me guider là où il sait aller. Je mâche quelques pattes d’araignée, j’avale quelques coléoptères, je régurgite un squelette de moineau et je vois dans la lorgnette de la forêt un peu de lumière, un rond de lumière, ou un œil m’observe de l’autre côté du monde. Je crois reconnaître l’œil de Papi.

Une geôle. Une femme ronde, aux joues couperosées est assise sur une chaise. Une camisole de force entrave ses mouvements. Seule sa tête bouge d’avant en arrière dans une crise de folie furieuse. Elle imite le cri des oiseaux. Vlan. La porte s’ouvre. Un homme en blanc, un tablier autour des hanches, apporte une assiette d’un vert tendre. Et vient lui donner à manger. Il passe autour de son cou, un long bavoir en tissu élastique. La jeune femme ouvre sa bouche en grand pour chaque becquetée que lui donne l’infirmier. Elle mange avec appétit et ingurgite avidement chaque coup de fourchette. Au menu, des épinards en branche, des dés de betteraves, des ailerons de poulet, dont elle recrache les petits os à même le sol, et pour finir, trois carrés de chocolat, qu’elle fait craquer dans sa bouche. La pièce pourtant isolée laisse résonner les cris des voisins de chambrée. Le repas terminé. L’infirmier passe un linge humide sur le visage de sa patiente et referme la porte. La jeune femme reste figée, un temps, le regard fixe vers le judas de la porte. De l’autre côté, son grand-père l’observe. Soupir.

vendredi 11 janvier 2019

Assassin des ombres


Assassin des ombres, il éclaire d’airain les sentiments niaiseux avec des cris mystiques et des critiques poétiques ce monde liquoreux. Il gravit les échelons dans la mappemonde des sorciers. Il rêvait d’automne lacustre et de pays Masque. Il fut amoureux d’un pinçon qu’il garda un grand temps dans une volière volante. Il grandit en petitesses et Rocamboles. Chantant dans un train de marchandises fantôme. Il dormait dans des petites gares quand la lune se cachait. Il attendit 10 ans la nouvelle décennie.

Monsieur Fahrenheit


Monsieur Fahrenheit à 100 à l’heure, qui fonce sur la Lune.
Il gambade comme un animal qui brandit sa plume.
L’atmosphère est lourde, pesante c’est comme un film noir qui a des bouffées délirantes.
La terre semble si pure du haut de cette lune.
Qui peut imaginer l’angoisse qui le hante et pour se calmer, il suce des bonbons menthe.
Il vole, il saute entre les cratères de dunes comme si sa vie ne valait pas plus qu’une plume.