mardi 16 février 2021

1001 nuits d'amour

Les milles et une nuit était posé sur la table de la cuisine. Les milles et une nuit c’est tout ce qu’il m’avait laissé. Milles et une nuit d’histoire. Milles et une nuit d’amour. Milles et une nuit de rêves. Milles et un contes racontés si souvent. Il était parti. Du jour au lendemain. Cette douloureuse impression de sentir que notre vie va profondément être bouleversée à partir de ce moment précis mais sans pouvoir en définir les contours ni prendre conscience du tsunami qui s’en suivra. Cette fâcheuse impression d’une scène de déjà vu, tournée dans tant de films mais dont on pense ne jamais pouvoir en être l’acteur principal.  

« J’ai de grands projets dont je ne peux te parler. Un jour je t’expliquerai ».  Papier blanc. Feutre noir. Table de cuisine.  

J’ai d’abord cru à un enlèvement, une disparition inquiétante avant de me faire une raison.  Emile avait bel et bien quitté, ou devrais-je dire fui le bateau, en me laissant dans l’incompréhension totale. Les similis nuits dans lesquelles je sombrai alors fut une longue traversée de rêves noueux et de larmes au réveil. Ce n’est qu’au bout de quelques mois que je repris peu à peu goût à la vie et c’est lorsque que je n’espérais plus avoir de nouvelles qu’un jour Sandra, ma meilleure amie vint me trouver avec un article de journal à la main. L’encadré contait l’histoire de ce marseillais qui s’était pris d’amour pour les huîtres. D’une véritable passion qu’il avait du jour au lendemain décidé de tout quitter. Sa ville. Sa femme. La bouillabaisse. Tout. Pour aller s’installer seul en Normandie et tout recommencer à zéro. Sous l’encadré une petite photo, dessus on pouvait voir un homme, une barbe courte, se tenant sous un panneau de restaurant indiquant « l’Emile et une huître ». 

Les Dents de la Mer

C’était comme dans Les dents de la mer ! La nageuse était là son masque et tuba à la main et d’un coup elle a disparu sous l’eau ! Puis tout est devenu rouge, les gens criaient, sortaient tous de l’eau. Bref une scène apocalyptique. Moi j’étais comme paralysé et je regardais ça de loin.  

A votre avis qu’est-ce que peut bien vouloir dire ce rêve ? 

« Hum. Hum. Faites-vous souvent ce genre de rêve ? Avec un danger ? Une terreur ? Et vous qui resteriez sur place ?  

« Je ne sais. Mais maintenant que vous le dites… Peut-être assez fréquemment dernièrement ». 

« Dernièrement ? est-ce que vous arriveriez à mettre une date sur le début de ces cauchemars ?  

Je ne sais pas trop… C’est vrai que depuis que le chant de la Maire a disparu dans le village, je ne me sens plus totalement dans mon assiette, peut-être même un peu trahi mais cela ne m’angoisse pas. Enfin je crois.  

J’ai juste pris l’habitude d’emprunter un autre chemin lorsque je me rends au club de sport, je ne passe plus devant la mairie. J’avais pourtant choisi ce club de sport exprès pour cela, pour entendre Mme La Maire chanter.  

Enfin que voulez-vous.  

A quand remonte votre rencontre avec le chant de la Maire ? 

Je ne me rappelle pas exactement mais il pleuvait ce jour-là. Je fumais une cigarette sur le balcon d’amis, c’était un matin d’avril et je devais aider pour un déménagement. C’est là que je l’ai entendu pour la première fois. C’était une période difficile pour moi car ma mère était gravement malade. Elle décéderait le lendemain matin. 

« Et comment avez-vous appris son décès ? » 

J’ai été appelé par l’aidant de la mère. 

vendredi 29 janvier 2021

La couleur du vent

La couleur du vent donne le ton de cette journée maussade. Tout est fade et triste. C'est une journée à oublier, vite, parce que rien de bon ne s'y invite. Aucune lumière n'a réussi à crever les nuages et c'est mieux ainsi…Mars 53, la sexualité féminine n'existe que dans la littérature. Colette, Anaïs font découvrir à Rebecca des possibles interdits. Le plaisir assumé reste du côté des garçons qui adorent les filles qui ne disent pas non. COOL... COOL... t'es cool toi !!! L'heure de la pilule et du corps libéré non libéré. Elle l'apprend avec violence, à mordre ses lèvres jusqu'au sang ce jour de mars. Coincée entre le désir de sensualité, de musique des corps à corps et d'une société puritaine et sexiste. Elle affronte seule le choix de dire oui ou non à cette petite vie, là dans ses entrailles et qui veut s'épanouir. 

Il faut y aller c'est l'heure...Elle a failli crever, joues blêmes et cuisses engluées. Est-il possible d'oublier cette couture du ventre pour donner le change et avancer ?

Quelques années plus tard elle crie, devant, en première ligne de la manif pour que les violences faites aux femmes ne soient plus méprisées.

Le cauchemar revient souvent la réveiller de larmes. Les mots s'échappent et tentent de donner une autre couleur au vent la, la, la, cool, cool, Heure, devant, devant.

Nikita

Nikita est le nom du chien de mon voisin. Poil raide adepte des puces et petite langue soyeuse, barrière inutile à une haleine de chacal-Oreille dressée au moindre bruit, armé d'un courage fuyons si un doute.

Je n'ai jamais voulu de chien. Merci Nikita tu confirmes !

Il y a des tas de trucs comme cela, on n’y a jamais goûté mais on sait intuitivement qu'il ne faut pas essayer. La gelée de groseille pourrait me faire mal aux dents...le chocolat n'accepte plus les grains de noisette et la Ricotta n'en finit plus d'enfiler les mailles de belles pâtes fraiches.

N'y voyez aucune obsession, les goûts et les couleurs ne se discutent pas. La vie éclabousse de coups d'épée dans l'eau, de petits rien qui la pimentent ou qui l'empoisonnent. 

La radio dégueule en boucle ses informations qui n'en finissent pas de nous inonder de questionnements inutiles. Ces ennemies du quotidien qui n 'en finissent pas d'en rajouter pour combler l'ignorance et l'ennui.

Le fond sonore est crispant, épuisant, lancinant, mortel ! Surtout aucun coupable, la responsabilité est un mot qui n'a plus cours. Ah ! Ah ! Ni engagé ni quitte ah !

1001 Nuits bel ouvrage

Les mille et une nuits sont à l'honneur aujourd’hui. Je me sens belle ce matin, le soleil me réchauffe sur ce bord de Seine où les passants ne sont pas pressés. Chaque étal de bouquiniste est prétexte à la flânerie, l'exploration, la rêverie. Parée d'une nouvelle robe verte et liserés dorés, taille suffisamment étroite pour être bien prise en main, j'attire le regard. 

La paume de la main effleure la douceur du tissage, de longs doigts fins s'approchent et caressent les incrustations, me feuillètent avec attention et insistance. Les pages chuchotent et sans attendre me voilà dans sa poche.

La démarche est légère, assurée, dansante. Je me sens bercée au chaud mais si vite oubliée. Jetée sur l'étagère de l'entrée je commence à regretter l'étal du bouquiniste, les courants d'air, les manipulations intrusives mais indispensables de mon dernier relieur et de sa presse qui m'ont rendu une deuxième jeunesse. Jeune homme ingrat, sachez que si « les milles et une nuits » est mon titre, mon édition est avant tout la promesse de plus de milles souvenirs. 

CLAP. Le couvercle se referme. Je suis un peu à l'étroit dans ce sac et j'ai la nausée dans cette voiture qui m'agresse de ses vibrations. J'aurais pu être en plus mauvaise compagnie ; Je suis assise sur un petit bouquin rouge et confortable. Pas de quoi tenir éveillée toute une nuit mais son titre me ravit « un été avec Beaudelaire » Tout un programme ! Je m'en détourne sans regret lorsque je réalise que je suis coiffée d'un « au bonheur des dames » du plus bel effet. Je fais la fière avec mon ZOLA, même si …. l'idylle est inutile. Moi avec mes textes composites je n'ai aucune chance avec ce descripteur, ce scrutateur pointilleux et réaliste.

Le voyage n'en finit pas de me secouer, je peux à peine m'étirer, tenter de faire l'intéressante pour que l'Emile me remarque, jusqu'à ce que le sac échoue violement sur le bas de l'escalier. Résultat ! L’Emile me tourne le dos et je me ferme comme une huitre. 

La chute est brutale mais la consolation est surprenante. Le jeune homme aux longues jambes et aux doigts si fins nous a choisi pour embellir son temps de repos dans cette modeste maison de vacances en bord de plage, l'Emile et l'huitre sous le bras. 

1001 nuits Rencontre culinaire

Elle vivait dans un monde imaginaire, rêvé, un monde des mille et une nuits. Petite, elle avait été émerveillée, transportée par les films que projetait le Palmarium à Tunis. Pour le prix d’une place, le dimanche matin, on y voyait deux films.

Alors, c’était « la lampe d’Aladin »,  « Shéhérazade »  »Ali baba et les 40 voleurs »  »mille et une nuits »  « Sinbad le marin ». Transportée, rêvant de tapis volants, de vizir, de musique envoutante, elle s’imaginait vivant dans un sérail, entourée de danseuses alanguies, de bain de lait d’ânesse et de pétales de roses.

En fait, maintenant, elle vivait seule dans un studio, avec Shéhérazade, sa chatte persane. Vêtue de voiles, de paillettes, de grelots aux chevilles, elle dansait devant la grande glace qu’elle avait fait installer sur un pan de mur, agrandissant considérablement la pièce. Elle aimait cuisiner et se complaisait dans les recettes orientales, les épices, les saveurs subtiles qu’elle mélangeait avec beaucoup de créativité et d’audace. Par exemple elle avait mis au point une recette singulière mixant : lait, mil, inouï !

 Mais, se désolait de ne pas pouvoir partager ces délices avec un compagnon ; non pas qu’elle attendait un quelconque sultan, non, elle était adulte maintenant, mais seule.

Alors, elle eut l’idée de mettre une petite annonce chez le marchand d’épices où elle allait souvent s’enivrer de vanille, de menthe, de cardamone et anis étoilé et tant d’autres. L’étal de ce marchand, un tunisien présentant, outre les odeurs, un tableau de toutes couleurs avec ses paniers débordant de poudres diverses.

Au bout d’une semaine, elle vit, écrit sur sa petite annonce, un numéro de téléphone et un petit mot :

           -   J’aime aussi partager des délices orientaux ; Je suis fin gourmet bien que mon aliment préféré soit les huîtres.

              Je suis l’Emile et une huître.  Appelez-moi !

Le penseur de Rodin

Le penseur de Rodin : Sa passion c’était la sculpture. Elle passait tous ses moments de loisirs dans les musées. A Paris, Camille était restée très longtemps devant Le Penseur de Rodin. Subjuguée. Elle, elle habitait dans l’Ain, à Bourg en Bresse. Elle se creusait la tête à essayer de comprendre comment on pouvait imposer à du marbre, de la pierre ! une courbure, des plis des rondeurs aussi fines. Quant au bronze, c’était le grand mystère. Ce qu’elle comprenait, c’était le plâtre, la terre glaise. Elle s’y essayait chez elle dans son jardin avec quelque bonheur. Assez fière de sa tête de Rhode, son cheval. Elle l’avait représenté avec le crin au vent, l’œil doux qu’il avait tout le temps ; c’était une brave et belle bête.

Pas comme cet imbécile de paon, insaisissable volatile trop difficile à figer dans le plâtre. C’était une race particulière qui ne vit que dans le département de l’Ain ; qui avait une certaine valeur mais qu’elle détestait.

Elle détestait son « pédigrée » qui en faisait un « noble ». Cher, cher…

Paon sœur de ronds d’Ain. C’était son nom. Il ne faisait jamais la roue ! un être inutile. De plus il s’amusait à agacer Rhode en lui mordillant sans cesse la queue : c’était bête ! une bête, bête en somme !

Un jour elle entendit un long hennissement suivi d’un bruit sourd de sabots.

Accourue les mains pleines de terre glaise, Camille trouva le corps écrabouillé de l’oiseau aux pieds du cheval au regard fou. Voilà, trop, c’est trop, n’est-ce pas ?

Poussé à bout l’équidé s’était vengé mais il était agité, incontrôlable, ruant, le museau suant d’écume, interdisant toute approche.

Que devait faire Camille ?

En urgence elle appela à la rescousse le panseur de Rhode, hein !