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jeudi 10 juin 2021

Eloge de la Constance

Je peindrai ici l’image d’un trait de caractère trop peu souvent interrogé, au même titre que la capacité à être optimiste en toute occasion où à contrario l'utilisation de la rébellion systématique comme carapace.

C’est une caractéristique qui définit la personnalité et la singularité de chacun. Tout être humain l'embrasse à sa manière, parce que toute histoire de vie nous y confronte, que la littérature l'encense autant que s'en méfie là où la psychologie en fait un art qui peut fleurter avec la faiblesse.

C'est une manière d'être au monde qui s'acquiert à force d'éducation, d'encouragement, de compréhension de la réalité, de l'apprentissage de la temporalité, de la confiance en soi, de la capacité à rêver puis se projeter dans un avenir possible. Elle est indispensable à notre développement et nous est vendue à coup de vénération du courage, de la persévérance, d'éloge de la constance. Comment rejeter cette proposition à être, conditionnelle de la réussite, du vivre ensemble, d'une force intérieure indestructible. Elle est utile et nécessaire, comme le balai à la sorcière, les étoiles à la lune, l'horizon à l'océan, le contraste à la lumière, l'attente au désir, la sensualité à l'amour, l'Autre au Je. Son intensité est infinie, mais sa pratique peut passer du chuintement, du presque invisible à l'énormité, à l'incroyable, l'incompréhensible, que chacun perçoit en solitude.

Ce n’est point l'humeur trop spontanée et irréfléchie dont la variabilité cache pourtant si peu le qui on est, Ce n’est point l'attente qui peut enfermer l'action comme se prosterner devant Sainte procrastination. C’est davantage une sorte de lenteur où tous les sens sont en éveil. Temps suspendu où le doute que les étoiles filantes du passé éclairent, s'invite plus ou moins violemment.

La nourriture : c'est essentiel.  La sagesse, l'expérience, la confiance accordée au vivant et à ses semblables, le désir, le sens donnée aux situations et aux relations, la conscience des limites et des possibles sont les ingrédients de base. Si tout est réuni, si les doses sont respectées, cette manière d’être au monde l’aime pour l'ouverture qu'elle lui offre, pour la découverte d'inattendue, de plaisirs insoupçonnés, mais aussi pour ne plus rester dans la salle d'attente sans but, dans la soumission.

Si je vous présente ce modèle, avouez-le, c’est qu’au-delà du piédestal sur lequel notre éducation occidentale l'a mise, la démesure peut la transformer en poison. La force qu'elle contient, de limitante peut devenir faiblesse si elle nous mène à la résignation. C'est une qualité qui se décline au quotidien et permet d'ouvrir toutes les portes de l'introspection autant que des croyances, des capacités à s’engager pour aboutir. La regarder vivre en moi, éveille toujours en premier lieu, de l'exaspération, du risque de renoncement, d'abandon, d'inaction, d'obstruction à la réalisation des rêves.

Je n’omets pas de vous conseiller d'aller y voir, d'enrichir votre capacité à avancer au quotidien, de comprendre comment vous utilisez la patience comme curseur à ETRE. Seule la démesure est son ennemie.

La Mésange

Je peindrai ici l’image de la mésange. C’est une bête toute en fragilité. Peu farouche, il a fallu la protéger depuis plusieurs années pour la conserver dans nos paysages. A peine plus dodue qu'un moineau elle a bien voulue occuper le nichoir que j'ai mis en place au printemps. Le bois d'à-côté lui sert de garde à manger et sa trajectoire pour rejoindre le nid est toujours la même. Chargée de paille dans les premières semaines ou de nourriture actuellement pour nourrir sa portée, elle arrive à toute allure sans oublier d'identifier ma trop grande proximité. Si c'est le cas elle se pose en près du nid, observe et je ne sais selon quel critère termine sa mission ou rebrousse chemin pour se poser sur la première branche du bois voisin. Nous restons toutes deux à portée du regard. Je sais qu'elle est là parce qu'elle tapote du bec soit à l'intérieur du nid soit sur le perchoir en bordure du passage étroit dans lequel elle se faufile. Elle y pénètre toujours de la même manière en plongeant la tête la première et sa queue frétille avant que l'ensemble du corps soit englouti. Ce n’est point le chuintement du hérisson qui se faufile sous la haie, ce n’est point la patiente tranquille de l'araignée qui tisse sa toile ; c’est un travailleur insatiable au service de ses progénitures futures. Cette petite boule de plumes jaunes et bleues est une danseuse joyeuse, qui tisse le nid avec précision de son bec pince, aiguille et pilon tour à tour. Infatigable, prudente, frêle et obstinée, elle et son partenaire répètent ce ballet devant ma fenêtre inlassablement avec grâce. Acrobate surprenante et modèle de vivacité, elle s'accroche à ma haie dans des positions incroyables, tête bêche ou sur une branche si fine qu'elle ploie sous ces quelques grammes de plumes. Elle consacre les moments de pause à l'entretien de son plumage qu'elle lisse et peigne soigneusement reproduisant, comme pour la confection du nid, un art millénaire. Son chant bref, triolant lui ressemble, bref, joyeux, il envahie l'espace par petites ondes fines, régulières, distinctes. Cet hiver j'ai enrichi sa nourriture de boules grasses : elle l’aime surement puisqu'elle a élue domicile provisoire sur ma terrasse. Maintenant que les oisillons ont fait leur apparition elle favorise le vivant et ne les nourrit que de larves et chenilles. Encore le savoir-faire et la transmission. Il faut que les petits soient gavés de protéines pour pouvoir s'envoler bientôt et surtout apprennent vite à chasser et se nourrir par eux même. Travailleuse, obstinée, attentionnée !si je vous présente ce modèle, avouez-le : vous avez envie de hausser les épaules, passer votre chemin, ce n'est qu'un petit oiseau du printemps que j'aurais si peu remarqué si je ne lui avait pas mis un gite à disposition . Moi, si déconnectée de la nature et de ce qui s'y joue, je reste subjuguée par ce manège éphémère mais que je pourrais reconvoquer l'année prochaine. Aussi loin que je me souvienne, dans mon éducation je n'ai jamais été sollicitée, invitée à mettre les mains dans la terre, à observer et comprendre le monde animal. Alors je me laisse surprendre par cette rencontre.

Cette vie que j'observe à son insu n'attend rien de moi, elle est tout simplement et vient me rappeler que tout est permanence et fragilité, que la vie s'écoule que j'y prenne part ou pas. Grande leçon d'humilité et sourire du jour ! La nature et les petites mésanges bleues ne se trompent pas ; et moi si, souvent, très souvent et avec de plus en plus de jouissance à m'en rendre compte, à dédramatiser, ironiser puis refoncer tête baissée. Une autre permanence : trébucher, sauter de joie, se croire arrivée, regarder derrière, jouer à chien et chat, chat perché, s'envoler sans cesse. La mésange n'a ni goût, ni odorat, son instinct lui suffit, sa robe bleue et jaune a la douceur d'un rêve, son air inquiet la rend accessible. Son assiduité à accomplir sa mission, coûte que coûte m'hypnotise un instant, comme œil accroché à ce tableau que je découvre pour la n-ème fois. Emotion sans cesse renouvelée et intacte. Je n’omets pas que l'envol programmé de la nouvelle portée est synonyme de liberté.


mercredi 28 avril 2021

Rhododendron

 J'ai fait l'acquisition d'un jeune rhododendron cet hiver. Comment savoir si l'emplacement que je viens de lui choisir dans le jardin lui conviendra ? Je n'ai pas pu résister à la promesse de tous ses bourgeons, déjà prêts pour l'été suivant. Certains n'ont pas survécu et je suis inquiète. Je l'observe tous les jours pour savoir s’il se plait ici et s’il me tiendra longtemps compagnie. Le bourgeon de rhododendron est d'une complexité absolue. Rien à voir avec le petit bourgeon timide qui donnera une fleur et puis peut être un fruit. Lui, il cultive la complexité. Il est à lui seul le futur de la branche, de la feuille et de la fleur. C'est un bourgeon qui n'est pas timide, qui voyage groupé. Pas question de rester planqué sous les branches mais sans arrogance il donne forme au buisson, cet aspect massif et en devenir invite à la rêverie.

Celui que j'ai cueilli est un entre deux. L'explosion est à venir. Il déploie de petites feuilles et garde au cœur en petites bourses gonflées et lisses la fleur qui attend son heure. Le centre est encore fermé mais la courbure des feuilles, vers l'extérieur ne laisse aucun doute. Aucun mystère, le voyage est annoncé depuis longtemps, le comment, le pourquoi, le quand. Pourtant le jour venu de la libération de la fleur, je sais que je serais émue de son apparente fragilité.

Il est à la fois synonyme d'unique, d'une temporalité sans surprise et d'infini, de permanence de la nature. Son chemin, cadeau de la vie, est tout tracé.  Le bourgeon n'a aucune capacité d'intervention, il est né pour nous dire la saison, se gaver de soleil, ouvrir ses bras, laisser s'épanouir la fleur, lentement doucement et s'offrir aux oiseaux et au vent. C 'est une invitation au don, à l'amour, à l'accueil inconditionnel.   Cette réalité me saute au visage, dans ce monde ou les conseils fusent sur le : « rapprochez-vous de la nature, respirez là, laissez-vous imprégner, le bien être est au bout du chemin », ce bourgeon est le bienvenu. C'est une beauté brute qui s'offre à mes yeux, la savourer c'est accepter le vivant, la possibilité d'un tout en perpétuelle transformation qui respecte autant les racines que les nuages, 

Ce serait si simple de suivre cette voie, de laisser venir la vie à soi, d'être comme le bourgeon sur la branche, jouer sa partition comme elle vient sans se poser de la question du pourquoi et du comment. Et le mien chemin ? Cadeau ? Ma propre métamorphose est inscrite elle aussi. De nouvelles rides et raideurs me le chantent tous les jours. Mon corps parle, dans les moments de grande paresse, j'invoque la déesse destinée pour me dédouaner de toute responsabilité et me susurrer à l'oreille : « c'est normal, tu n'y ai pour rien, c'est génétique les rondeurs, tu ressembles à ta grand-mère » Alors, j'évite de penser à tous les kilos de chocolats dévorés, l'appétence démesurée pour le bien salé et le bien gras. La rébellion mal placée me fait dire que puisque la vie est un cadeau j'en fait ce que je veux ! Il y a longtemps, la vie m'est tombée dessus, j'ai regardé autour de moi, elle était à personne, alors je l'ai mise sous mon bras et j'ai avancé sans me retourner. J'ai gonflé mes joues et ma poitrine comme le bourgeon, à bloc. L'éclosion était toute bizarre, je le ressens encore. A 10 ans j'avais la tenue et à 14 ans j'ai tracé la vie comme un sport de combat. Un seul adversaire ... moi et les moulins à vent. J'avais l'instrument mais comment en jouer ? Raccrocher les gants et aller demander conseils aux arbres, aux fleurs et aux montagnes à pris du temps. La rage, la colère n'ont jamais pu s'exprimer pour laisser la préférence à la rapidité et l'esquive.

Mais pourquoi a-t-il fallu que j'obéisse à cette invitation à l'écriture et que je te cueille ! Aveuglée par le désir de rêverie, de jubilation à mettre en mots j'ai oublié que tu ne m'appartiens pas. J'ai tué ta vocation à être, à produire une magnifique fleur qui aurait pu inonder l'espace de ses odeurs et de ses couleurs. Il faudra que j'attende encore patiemment que ceux qui ont échappés à une main sauvage fassent tout le voyage pour connaître ce que tu aurais pu devenir. Je vais te laisser sur le coin de la table pour ne t'oublier et te dire le moment venu les belles couleurs de la robe que tu devais porter.

Barbare que tu es, arrêtes de piétiner le vivant, regardes toi, avance, ouvre les bras, respire et expire. Laisses monter la colère pour une victoire à l'arraché, laisses grandir cet espoir acharné que toi le petit grain de sable n'est rien mais indispensable, donnes du sens à cette rage profonde qui t'anime, Ta petite tragédie quotidienne n'est pas grand-chose alors pourquoi l'ignores-tu. Quitte ce ring, piste de danse ridicule. Il n'y a plus rien à défendre, que des rencontres et de nouvelles expériences à vivre. La curiosité est ton nouveau point d'horizon.

La vie est un cadeau jusqu'au dernier souffle et le tien, tu en fais quoi ?

lundi 22 mars 2021

Mutique Observation d'Annie

Mission 17082015

Drone 646666

Objet : Humanoïde hors champ repéré par recherche aléatoire sur zone inexploitée

Descriptif :

– Identité et mode de vie non référencés

– Aucun enregistrement de transactions ces 20 dernières années

– Cartes génétiques et de connexions inconnues

Zone d'investigation

Point 25XY0, section nord-ouest du grand océan, sur un rayon de 25KM

Attention particulière

Visibilité correcte une fois tous les 4 ans, aucun champ magnétique identifié.

Résultat attendu :

Regrouper le maximum de données pour mise à jour du profil

Rapport :

Vol du 29 février 2077

Balayages infrarouges répétés à intervalles réguliers. Repérage petit ilot de 1ha environ. Gros rocher sombre, peu de végétation, une crique escarpée avec plage blanche caillouteuse.

La bande sonore correspondant à la durée de l'expédition est remise en fin de mission pour étude. Il sera nécessaire d'isoler les sons pour en identifier l'origine.

Difficulté d'exploitation pour sonothèque et traduction en raison d'un silence à réverbération.

Mise en évidence de volatiles, à grandes voilures noires, en bande, dépeçant une proie inerte et flasque échouée en bordure du rocher. Descriptif du sol rendu complexe par la présence en grande quantité, d'objets aux formes inconnues où dont la présence sur ce lieu interroge. Des déchets archéologiques et civilisationnels l'expliquent en partie. La liste avec photographies est jointe au rapport pour confirmation.

Humanoïde repéré à la sixième heure d'investigation et enregistré/ ramassage de bois sur la plage, aucune transaction repérée/rassemblement de cette cueillette sur zone plate, déboisée/L'entassement de typologie « maison de castor » semble constituer un abri. A vérifier.

Un zoom permet de préciser le sujet : pigmentation argile N°19, Système pileux persistant. Zones de transpirations sur torse et crâne. Activité évaluée comme aléatoire où à objectif inconnu. Des allers et retours fréquents, associés à de l'agitation de tous les membres et des cris sans destinataire visible, vers les objets désignés ci-dessus. Ces périodes excitatoires sont ponctuées par une inertie type sommeil ou observation mutique, face au grand océan.

Les volatiles décrits plus haut, tournent plusieurs fois au-dessus de lui. La bande son pourra nous confirmer si un mode de communication direct, non connecté existe entre ces deux espèces.

Nous confirmons l'absence de toute vie civilisée et de tout danger concernant cet échange cellulaire non connecté. Néanmoins les pièces jointes sont à investiguer et à rapprocher des prises de vue transmises, pour servir d'alerte si d'autres cas parvenaient à notre connaissance.

Une idée vint d'Annie

Corps immobile dans sa prison. Vision au fond de la pièce, de ce corps recroquevillé dans le coin sombre. A l'abris des regards, la pensée vagabonde, laisse advenir l'envie de boire le vin de la transgression, du bouillonnement qui blanchit les lèvres d'écume avant de jeter le dé.

Le 6 s'imprime dans son cerveau, corps nu balloté comme gelée du pot de confiture, secousse de ce rut , mou, inutile et triste. Pour attendre l'ailleurs qui sauve, la poésie d'ADONIS coulent sur ses joues : « les jeteurs de dés abolissent le corps de l'instant »

Le corps ne réagit pas. Rien ne se passe. Les bras de l'éphémère poursuivent dans les cris de la jouissance. La blessure ne se ferme pas sur le corps écorché... Nouveau lancement de dé pour faire taire le 6, chiffre rond et sans accroche. Le 7 apparaît, chiffre du temps, autre image qui impose à entrer dans l'intime. Un 7 et sa clé du SI....

L'embarcation, se dessine avec l'amour comme bouée de sauvetage. C'est un amour moelleux, confortable, explosif qui ignore les échos contraires. Loin des yeux bandés, des oreilles bouchées, des bouches muselées, des émotions inertes. Vous avez devant vous un virtuose au jeu du 7 et de la clé de si !!

Si la pensée s'envole, le corps reste enchaîné, prisonnier, brisé, secoué, tremblant sous les yeux du bourreau. Le corps ne lutte plus, il s'affaisse, tout au contact du sol sale, rugueux, blessant. Ainsi étalé, il devient possible de ramper pour tordre le cou à la peur, chercher de la main les barreaux de la cage pour se relever. Ils ont disparu.


Crac !

Crac, crac ! ses os craquent sous le joug du temps. Son cou est mou, l'eau coule le long de son dos.

Il a cru par dépit ou par déni qu'il avait la clé du temps, mais Clac ! Ses doigts crispés sur le dé, hurlent de douleur.

Oh ! S’il avait, s’il avait pu, du haut de son île, pousser le cri qui tue en temps et en heure ! il aurait vu la ville au loin, sous le doux soleil, et là, nu et fort, il aurait bravé tous les styles, aurait défié tous les poncifs et détruit tous les « y a qu'à faut qu'on ».

Parallélépipède ou parrallépipédique ? Si si la réflexion s'impose. Cela n'a l'air de rien mais lorsque le premier est un fait, une structure, une réalité incontestable ; le second est une conceptualisation qui invite à l'immensité des possibles.

Syntaxiquement tout peut s'envisager, mais indubitablement ces deux mots ne nous mènent pas au même endroit.

Ainsi va le spectacle de la vie. Vite ! le tangible, pas la vérité poético-scientifico-immuable mais le réél. Ce réel qui permet de pointer du doigt la règle, la loi pour mieux briser tout objet anticonstitutionnellement incorrect.

Seule l'écriture sauve, parce qu'elle admet l'imperfection, l'improbable. Enfin autorisé l'intermilinventiquestanarchophagiepoésieduninzlerofragilus peut nous inonder de son anarcho-poésie, fragiliser nos certitudes grotesques et viser l'infiniment microscopique.

Le faucon est son surnom, œil vif, ailes agiles et griffes acérées. C'est lui qui d'un vol large, porté par le vent, plane longtemps, lentement au-dessus des nuages. C'est un vol du tout puissant mais sans arrogance, fluide et gracieux. Rien ne l'atteint, tout est à distance. Les ailes déployées donnent le ton, imposent le respect et apaisent.

C'est le même qui, lorsqu'il le décide, peut foncer sur sa proie, déchirer les sons, déchiqueter les mots, emporter dans son refuge les phrases éparses pour les broyer, les réduire au silence, les émietter peut être pour en nourrir sa nichée.

vendredi 29 janvier 2021

La couleur du vent

La couleur du vent donne le ton de cette journée maussade. Tout est fade et triste. C'est une journée à oublier, vite, parce que rien de bon ne s'y invite. Aucune lumière n'a réussi à crever les nuages et c'est mieux ainsi…Mars 53, la sexualité féminine n'existe que dans la littérature. Colette, Anaïs font découvrir à Rebecca des possibles interdits. Le plaisir assumé reste du côté des garçons qui adorent les filles qui ne disent pas non. COOL... COOL... t'es cool toi !!! L'heure de la pilule et du corps libéré non libéré. Elle l'apprend avec violence, à mordre ses lèvres jusqu'au sang ce jour de mars. Coincée entre le désir de sensualité, de musique des corps à corps et d'une société puritaine et sexiste. Elle affronte seule le choix de dire oui ou non à cette petite vie, là dans ses entrailles et qui veut s'épanouir. 

Il faut y aller c'est l'heure...Elle a failli crever, joues blêmes et cuisses engluées. Est-il possible d'oublier cette couture du ventre pour donner le change et avancer ?

Quelques années plus tard elle crie, devant, en première ligne de la manif pour que les violences faites aux femmes ne soient plus méprisées.

Le cauchemar revient souvent la réveiller de larmes. Les mots s'échappent et tentent de donner une autre couleur au vent la, la, la, cool, cool, Heure, devant, devant.

Nikita

Nikita est le nom du chien de mon voisin. Poil raide adepte des puces et petite langue soyeuse, barrière inutile à une haleine de chacal-Oreille dressée au moindre bruit, armé d'un courage fuyons si un doute.

Je n'ai jamais voulu de chien. Merci Nikita tu confirmes !

Il y a des tas de trucs comme cela, on n’y a jamais goûté mais on sait intuitivement qu'il ne faut pas essayer. La gelée de groseille pourrait me faire mal aux dents...le chocolat n'accepte plus les grains de noisette et la Ricotta n'en finit plus d'enfiler les mailles de belles pâtes fraiches.

N'y voyez aucune obsession, les goûts et les couleurs ne se discutent pas. La vie éclabousse de coups d'épée dans l'eau, de petits rien qui la pimentent ou qui l'empoisonnent. 

La radio dégueule en boucle ses informations qui n'en finissent pas de nous inonder de questionnements inutiles. Ces ennemies du quotidien qui n 'en finissent pas d'en rajouter pour combler l'ignorance et l'ennui.

Le fond sonore est crispant, épuisant, lancinant, mortel ! Surtout aucun coupable, la responsabilité est un mot qui n'a plus cours. Ah ! Ah ! Ni engagé ni quitte ah !

1001 Nuits bel ouvrage

Les mille et une nuits sont à l'honneur aujourd’hui. Je me sens belle ce matin, le soleil me réchauffe sur ce bord de Seine où les passants ne sont pas pressés. Chaque étal de bouquiniste est prétexte à la flânerie, l'exploration, la rêverie. Parée d'une nouvelle robe verte et liserés dorés, taille suffisamment étroite pour être bien prise en main, j'attire le regard. 

La paume de la main effleure la douceur du tissage, de longs doigts fins s'approchent et caressent les incrustations, me feuillètent avec attention et insistance. Les pages chuchotent et sans attendre me voilà dans sa poche.

La démarche est légère, assurée, dansante. Je me sens bercée au chaud mais si vite oubliée. Jetée sur l'étagère de l'entrée je commence à regretter l'étal du bouquiniste, les courants d'air, les manipulations intrusives mais indispensables de mon dernier relieur et de sa presse qui m'ont rendu une deuxième jeunesse. Jeune homme ingrat, sachez que si « les milles et une nuits » est mon titre, mon édition est avant tout la promesse de plus de milles souvenirs. 

CLAP. Le couvercle se referme. Je suis un peu à l'étroit dans ce sac et j'ai la nausée dans cette voiture qui m'agresse de ses vibrations. J'aurais pu être en plus mauvaise compagnie ; Je suis assise sur un petit bouquin rouge et confortable. Pas de quoi tenir éveillée toute une nuit mais son titre me ravit « un été avec Beaudelaire » Tout un programme ! Je m'en détourne sans regret lorsque je réalise que je suis coiffée d'un « au bonheur des dames » du plus bel effet. Je fais la fière avec mon ZOLA, même si …. l'idylle est inutile. Moi avec mes textes composites je n'ai aucune chance avec ce descripteur, ce scrutateur pointilleux et réaliste.

Le voyage n'en finit pas de me secouer, je peux à peine m'étirer, tenter de faire l'intéressante pour que l'Emile me remarque, jusqu'à ce que le sac échoue violement sur le bas de l'escalier. Résultat ! L’Emile me tourne le dos et je me ferme comme une huitre. 

La chute est brutale mais la consolation est surprenante. Le jeune homme aux longues jambes et aux doigts si fins nous a choisi pour embellir son temps de repos dans cette modeste maison de vacances en bord de plage, l'Emile et l'huitre sous le bras. 

jeudi 17 décembre 2020

Elmire & Claude 2

Elmire est le prénom qui lui convient le mieux. Grâce, élégance, peau lisse et blanche mais un regard un peu fixe. Sa jactance est douce, fluide mais pleine de réserve, elle préfère la giguedouille aux balivernes. Le Castel est sa demeure préférée surtout quand Chevalier LUC son troubadour préféré se ramène avec son valet CLOUD pour lui conter sa chanson. Sa vie manque un peu de fantaisie, elle s'ennuie et cela se voit. Les jours se suivent et se ressemblent et même sa belle robe rose en est toute fanée. Quand elle est arrivée, toute belle et joyeuse, elle a été aimée, mais son goût prononcé pour le Moyen âge et les troubadours l'ont isolé et ses amis l'ont quitté. La passion pour l'amour courtois est passé de mode. Elle en a cultivé un grand mépris pour ceux qui l'entourent.

Claude, c'est celui d'à côté. Boiteux et borgne mais il parade quand même lorsqu'il arrive à monter sur son cheval. C'est un homme sans âge, jambe droite raide, au sourire figé et à la coupe de cheveux toujours impeccable. Propre sur lui quoi ! Il est élégant et habillé sobrement. Sa claudication lui donne toujours l'air de sautiller lorsqu'il marche. Toujours dans ses pensées, il est agité du dedans et du dehors ; Il exprime peu d'avis sur rien et lorsque la situation l'impose il parle très brièvement. Sa ponctuation préférée est « Tu vois ! » Difficile de savoir s’il s'agit d'un manque de vocabulaire, d'une pensée si concentrée qu'elle ne peut être expurgée, ou alors de son adolescence. Il adorait faire du théâtre, mais son allure manquant de fantaisie, il a toujours eu le rôle du bellâtre. De quoi le dégouter à jamais de monter sur les planches.

Ce jour-là la famille trucmuche est à la plage, le pique-nique est joliment installé avec ses petites assiettes fleuries. Un petit garçon fait un château de sable sous le regard attendri des parents. Pas besoin de parasol, la petite famille est installée à l'ombre d'un rocher.

Elmire et Claude regardent la scène. Ne ce sont jamais beaucoup aimés ces deux-là. Difficile à comprendre cette proximité depuis des années.

Elle : Eh, sale trogne, elle est où ta monture ?

Lui : laisse tomber, la plage c'est pas pour moi tu vois !

Elle : peste soi de ce soleil, il fait de plus en plus chaud ici

Lui : (l'astre rouge grandit) Oui et maintenant il prend toute la place, les pelles des enfants sont en train de fondre, tu vois ?

Elle : Ca va se terminer par une bonne flambée !

Lui : Notre aventure se termine ici tu vois.

Elle : oui on va tous toaster, la marâtre va bien finir par fleurer l'odeur du brulé quand même.

Lui : La gamine nous a laissé là, pour aller écouter sa chanson fétiche à la télé, dance for me, tu vois ?

Elle : que je trépasse si je faiblis, la petiote m'avais promis une nouvelle robe pour Noël.

Lui : ah oui tu fonds, tout s'embrase et tu te lamentes sur ton sort ? ; Ca me rappelle lorsque chita, la chienne du voisin m'a arraché la jambe droite, tu n'as même pas levé le petit doigt. Si une moindre chance de salut existe, je te laisse ici, tu vois !

Elle : Eh ! Gueule de bois j'aurais pu fondre pour toi si je n'étais pas de porcelaine, tu veux que je te conte ton dernier coup de jarnac ? Sa mère lui avait dit pourtant interdit de jouer avec la lampe et de ne pas la poser sur la table. C'est pas un jouet et elle chauffe vite. Sorceresse de gamine !

La fumée passe sous la porte et fait suffoquer les gens qui sont dans la pièce d'à côté. Les pompiers arrivent juste à temps pour que claude et sa jambe raide en réchappent. Il est un peu sonné. Ca gaze pour moi, ca gaze pour moi répète t'il en boucle. Zorro a sauvé Elmire et d'autres aventures sont à vivre. Par contre la famille trucmuche....c'est moche. Les gueux sont tristeusement tous fondus. Faudra attendre Noël prochain pour que la famille playmobil soit remplacée ;

Je vous présente Elmire

Je vous présente Elmire. C'est une jeune fille dont le prénom suffit à la décrire (Prénom d'origine arabe et qui veut dire princesse). Grâce, élégance, savoir mais jamais loin de l'arrogance, enfance protégée, elle n'a pas eu besoin de guerroyer pour exister et bénéficier des douceurs de la vie. Attention à celui ou celle qui la traiterai de baronette. Sa jactance est douce, fluide mais pleine de réserve, elle préfère la giguedouille aux balivernes. Depuis que sa route a croisé celle de la LIMACE (Ligue pour l'intelligence Médiévale et L'Amour Courtois Eternel) elle n'est jamais redescendue de son balcon. Son père soucieux de son éducation l'avait inscrite à un stage de rénovation, sur le chantier de réhabilitation du château de Margot de Scoraille. Difficile de rendre compte ici de la déconstruction mentale qui s'en suivit. Dormir à plusieurs sous une tente, partager la douche ou le tuyau de douche, recevoir des injonctions incompréhensibles, faire sa pitance, ne plus être le centre du monde. Cette expérience aurait été une arme de destruction massive sans l'aide inconditionnelle de LUC président de la LIMACE. Elle le vit pour la 1ere fois, à la lueur du feu de camp, leurs regards se croisèrent sous le ciel étoilé (si si, promenez-vous entre le Causse Méjean et le Causse Noir, et dès la tombée du la nuit on peut encore voir des étoiles, ce n'est pas que dans la littérature). Pour lui plaire elle ne parla plus qu'en langage médiéval, et Luc accumula les exploits les plus extraordinaires pour lui prouver sa passion et devenir son troubadour. Les poèmes qu'il lui dédie, lui sont comptés et chantés par Cloud fidèle serviteur de Luc. Cela fait 6ans déjà, et sous ces airs de la « Dame de Haute Savoie » Elmire est complètement paumée, enfermée mais protégée par cette mise à distance volontaire de la langue. Elle ne fréquente que des poètes armés de vielles et tambourins. Casque sur les oreilles, elle hoche la tête, yeux fermés, en phase avec le dernier Rap Occitan du moment. La nuit tombe. Cela fait une heure qu'elle attend assise là celui qui doit la conduire au castel de Luc pour le réveillon.

C'est ici que le chemin de Claude Brunet va croiser le sien. C'est un petit homme encore jeune, épaules rentrées, trapu, habillé sobrement, le noir est sa couleur préférée. Toujours dans ses pensées, il est agité du dedans et du dehors ; Il sautille en permanence, exprime peu d'avis sur rien et lorsque la situation l'impose il parle très brièvement. Sa ponctuation préférée est « Tu vois ! »

Difficile de savoir s’il s'agit d'un manque de vocabulaire, d'une pensée si concentrée qu'elle ne peut être expurgée, ou alors de son enfance.  Sa mère était chanteuse d'opéra. Il a passé beaucoup de temps dans les coulisses, à quatre pattes dans les froufrous. Il a appris très tôt à faire silence, sans déranger, des silences yeux grands ouverts, des mains joyeuses qui viennent caresser le bambin. Le bambin a grandi et à 15 ans, ossu mais de petite taille, légèrement vouté (signe habituel de ceux qui ont grandis trop vite, mais ce n'était pas son cas), sa discrétion a fini par ne plus suffire, car ses yeux brillaient trop à la vue des bas, des corsets, des connivences, des caresses furtives. Voir mais ne rien dire, ne rien faire fut insuffisant et sa mère finit par lui dire : tu vois ? Tu vois bien. Tu n'es plus à ta place ici. La semaine suivante il était inscrit à la salle de boxe la plus proche....La boxe est devenu son métier, sans gloire mais pro quand même. Il a dû raccrocher les gants parce les ko à répétions commencer à laisser quelques trous dans sa mémoire. La vie est un peu compliquée pour lui en ce moment, à la recherche d'un nouveau boulot, cherchant où est vraiment sa place, il vient d'accepter à la dernière minute de se rendre à un réveillon ; Il regarde le GPS, il arrive à la dernière station avant le col de l'Iseran et le point de chute. Faut vraiment qu'il fasse une pause, le brouillard s’épaissit et il va devoir être concentré sur la route.

La station est bondée, le parking a l'air plein, il s'arrête à la pompe du fond prés de la boutique. Il tire, tire mais le tuyau n'est jamais assez long pour atteindre le réservoir, en fait une Nana, casque sur les oreilles, a son pied dessus.

Lui : Je crois que ton pied bloque la pompe, tu vois ?  

Elle :......

Lui (se rapprochant et parlant plus fort) Tu me gêne là, tu me pompe l'air, tu vois ?

Elle : hola, mécréant, ne me bouscoulez point, j'avions pas vu.

Lui : (se radoucissant et essayant de rompre la gêne, parce que c'est pas son genre de s'imposer) Je me dépêche parce qu'il y a du monde, tu vois.

Elle:(intriguée par le petit homme sautillant) Peut-être.....j'ai vu plein de gens rentrer mais personne ne sort.

Lui : C'est les vacances, ils prennent leur temps, tu vois !

Elle : Peut être mais c'est un peu inquiétant, c'est comme si la station les avait aspirés

Lui : ah, ah tu as de l'humour et un drôle de vocabulaire.... La boutique pompe l'air, c'est pour ça qu'ils sont aspirés, tu vois ?

Elle : C'est de l'humour courtois. Tu entends la populace qui s'égosille ?

Lui : Ils ont mis Dance for Me en fond sonore et en boucle, normal que les gens soient soulés, c'est le 31 mais faut pas exagérer ; Tu enfermes des gens qui ne se connaissent ni d'Eve ni d'Adam, ils viennent pour faire la pause et subissent une musique débile, pour peu qu'on les oblige à mimer la chorégraphie, ça chauffe tu vois !

Elle : Tu sens ? ça puir !

Lui : Pas possible ! Ils ont tous voulu à sortir à la fois et le tourniquet s'est bloqué tu vois !

Elle : sieur, je trouille ; La boutique les aspire et puis les brulent comme les sorcières.

Lui : Je t'explique, le frottement crée de la chaleur et la chaleur au bout d'un moment ça prend feu, tu vois ?

Elle : Alors avec l'essence tout va exploser ?

Lui : C’est possible ! Les flammes à proximité de l'essence, mmm ….  tu vois ?

Elle : Tudieu, quelle malenvature, ne lâchez point ma menotte, encore une charmogne de la reine mère

Lui : T'es fatiguante, je comprends rien de ce que tu me dis, tu vois !

Elle : Mais enfin aidez-moi, arrêtez de croquer marmot. Elle s'approche malgré la chaleur insupportable, un bruit de chute d'eau énorme la stoppe, le feu s'éteint et de l'eau coule sous la porte

 lui : La chaleur a fait déclencher toutes les chasses d'eau à la fois, bizarre ! Pas normal, incroyable cette protection incendie. De toute façon c'est trop tard pour les consommateurs du jour, seront tous consumés, tu vois !

Elle : et moi qui convoyait pour retrouver mon Luc ! (Elle pleure)

Lui : chacun pour soi, fuyons, quand tout aura bien brulé ça va s'écrouler tu vois !

Elle : Quel couard faites-vous, maroufle vous fuyez, alors que vous est membru et que vous pourriez en sauver quelques-uns.

Lui : Pas d'exagération, et puis à force de s'en foutre de la planète ! Pas la moindre chance de salut. Alors mourir en bouffant du petit prince, à prendre la madeleine pour des biscuits, où à cause du réchauffement de la planète, je vois pas la différence tu vois !

Elle : Merdaille, alors on va tous trépasser ?

Lui : C’est ce que l'on appelle la loi du « après moi le déluge » tu vois ? C'est parti !!!! mon plein est fait en route pour la prochaine zone de frottement. Faudra faire attention aux guirlandes et au DJ surtout.