mardi 21 janvier 2020

LE MYSTÈRE DE LA CARTE

Jojo le Pabo n'attend rien de beau, ni du coin, ni du monde. La police le soupçonne, de six crimes odieux, commis dans la banlieue de Limoges, où maugréent des passants abasourdis. Disparu depuis dix ans, échappé de la prison du vent, sise sur l'île du couchant, depuis, il est introuvable, et si les fins limiers de la police, et journalistes enquêteurs, n'ont pu localiser cet individu dangereux, il est dans la banlieue de Brest, un aveugle unijambiste qui a une dent dure contre lui ; doté d'un sixième sens certain, il est doué pour retrouver les criminels à six crimes. Armand de la Margarine, tel est le nom de cet handicapé chanceux, avec son flair de chien, et sa vue de taupe, il promène sa nonchalance lunatique et son flegme titubant, à l'hôtel des Beaujours, place du colonel clochard, à Vienne, ville grotesque où passe une fanfare désuète, une fois l'an, pour faire historique. L'aveugle méditant, cherche méthodiquement, à l'aide d'un logiciel vocal, toutes les rues, commençant par m, car Armand sait, que ce pas marrant d'assassin, ne peut vivre à l'aise, que dans une habitation, dont la rue, commence par m, et justement à Vienne, Armand a trouvé, un hôtel miteux, "la lanterne morne" qui se situe dans la rue "M le maudit". Armand n'est pas rationnel mais intuitif, ce qu'aucun commissaire n'est capable de saisir, lui peut le faire. Et Jojo le pabo, dit "la palourde de st Augustin" est aussi irrationnel et imprévisible, qu'un filou à bout de tout.
Armand a des manies de dandys. Il a un costume gris, des phases fantasques et un chauffeur mexicain qui conduit une DS rouge. A six heures, il part de Vienne, pour aller à Toissey, prendre un bain de boue, à 11 heures, à l'établissement thermale "La bonne eau de la ville". C'est dans ce délassement, que son intuition allumée, l'éclaire, magique, sur la piste floue du bandit, qu'il décrit comme un sans loi, amateur de foie de volaille, une canaille de foire, un ferrailleur de cadavre.
Armand est sûr, qu'à quelques pas de lui, à quelques heures d'intervalles, ce valet du diable, a respiré dans le coin, la même monotonie provinciale, qui fait la torpeur des notables, et la niaiserie des braves gens. Une fois déboué, Armand a pris chambre, à l'hôtel des quatrains, rue de la noix cassée, à Maximieu, où flotte comme un air du temps, comme une floraison solaire, où la chance peut fleurir..

dimanche 15 décembre 2019

Récit Apocalyptique : Face A

Je dormais parmi d'autres dormeurs plein de chaleur et de langueur. Je dormais exagérément et faisais peser tout mon corps sur le sable. Quand je me réveillais, piqué par les bruits de la foule réunie, presque tous les habitants du village étaient là. D'abord, je crus à un accident, ou à une fête, un évènement dont je n'aurais pas remarqué les préparatifs ? Mais c'est en écoutant au-delà du bruissement des voix, dans cette langue que je ne connaissais qu'encore très peu, que je m'éveillais vraiment. 
Silence. 
Le son des vagues s'était échappé. J'ouvrais les yeux, me redressais. Où était partie la houle gracieuse? A sa place, bien visibles, les casiers des pêcheurs, comme sortis de l'eau. Mais c'était la mer qui n'était plus. Même en fixant au loin et en forçant mon regard, rien, enfin seulement du sable, du sable, du sable. Même les hommes, les femmes, les animaux qui les accompagnaient ou ne les accompagnaient pas s'étaient tu. Tous attendaient. Nous étions suspendus, le monde était suspendu. Puis le sol frémit, et il y eu un spasme discret mais perceptible. Au loin, sans aucun doute, l'eau revenait à nous. Une seule vague. Immense, sans limites, puissante, folle. Mes pensées m'échappaient. Je me recroquevillais lentement. Puis, tranquillement, de nouveau contre le sable, j'attendais. 

Récit apocalyptique, face B

Alors que l'astre lunaire
Fonçait droit sur la terre
Il aurait été judicieux, même tard
Que je sorte de mon marasme, me barre, et m'échappe de ce merdier dard dard.
Secoue-toi Léonard !

lundi 9 décembre 2019

Nouvelle Zélande, 12 octobre 2017.


Le son de la mer, les vagues, personne. Je suis seule.  Moi, et mes trois toutous, canidés courant, aboyant, jouant ! Je marche un moment, puis, au creux d’un rocher face à l’océan, j’installe quelques affaires (tapis, gamelles, drap pour moi). Les chiens jouent ; moi je me laisse bercer par ce paysage féérique. Puis, après quelques instants, je fouille négligemment dans les poches de mon anorak. 
Je m’immobilise un instant, expression de surprise sur le visage : surprise,  les yeux écarquillés et les sourcils relevés, je regarde attentivement un bout de papier rectangulaire que je viens de trouver dans ma poche. Après quelques secondes d’immobilité, le sang et les émotions semblent revenir sur mon visage.
                Vous, la promeneuse de chiens sur la ligne 14, dont une des bêtes à poils a cruellement mordu mon escarpin rouge, le prenant pour un jouet à toutous sans doute… Vos excuses bafouillantes et, dans vos yeux, la peur que j’intente une action contre vous. « 1er job, 1er jour, quelle poisse ! » et moi qui réponds « Poisse ? Et si c’était une chance plutôt ...? » Bouleversée par le mini drame, vous n’avez pas compris et vous avez quitté précipitamment la rame, tirant derrière vous trois canidés (neuf en réalité !), surexcités et aboyants.
   A la fin de cette petite lecture, je souris, libre et épanouie ; mon regard se tourne à nouveau vers mes chiens éparpillés sur la plage, surexcités, joueurs et aboyants... Puis, je regarde au loin, à nouveau immobile, mais cette fois avec quelque chose de plus, amusée et fugace, une étincelle au fond de mes yeux/dans le cœur...
Au cœur de ce paysage sauvage, je reste là, rêveuse, immobile,  (…) Le fracas des vagues et les aboiements de mes chiens me ramènent ici après ce court, mais magique et lointain voyage. Je jette ma veste sur la plage. J’appelle mes chiens, joues avec eux, haletants et joyeux. La température s’est réchauffée pendant cet intervalle de temps, il fait chaud maintenant, très chaud, au moins 35° je dirais… Une petite pluie presque chaude me tombe sur les épaules. Je fronce les sourcils, gênée par cette brulante humidité à laquelle je ne m’attendais pas. L’air gentiment mécontent, je ramasse mes affaires, celles de mes chiens, les rappelle, et fais chemin inverse...
En bout de plage, une butte gravie m’avait permise d’accéder jusqu’ici.  Appelant régulièrement mes chiens, je la remonte précipitamment afin de ne pas subir trop/plus longtemps cette pluie presque brûlante. « Allios, Ran, Dooggy ! »   Mes chiens arrivent tout en zigzagant et moi, arrivée en haut de cette butte, sur ce petit coin de terre séparant cette plage isolée du reste de l’île, je me fige à nouveau, choquée ! Une ancienne inconnue, désormais devenue intime pour moi depuis ma lecture sur la plage, cette inconnue donc se trouve là, juste en face de moi. Elle me sourit, radieuse. Battements de cœur qui s’accélèrent et tapent fort dans ma poitrine ; j’ai chaud, je rougis et me sens vraiment perdue dans ce moment incongru !
J’inspire avec difficultés, regarde cette femme dans les yeux, lui souris, gênée, surprise et heureuse de cette improbable rencontre.  « Est-ce un rêve… ?! »
« Allios, Ran, Doogy, venez ici ! Ne vous inquiétez pas, ils ne sont pas méchants …» La femme continue de me sourire, je la regarde, puis baisse un peu les yeux tout en rougissant. « Nous nous sommes déjà rencontrées, sur la ligne 14, il y a longtemps … Vous portiez des escarpins rouges… »
-          « Oui », reprend la femme en face de moi, plus resplendissante que jamais, « je m’en souviens… Comment aurai-je pu oublier… ?! »
-          « Heu, et bien…, excusez-moi encore de l’incident ! »
-          « Hahaaa, vous êtes déjà pardonnée ! Maria, et vous ? Vous voyagez seule dans ces contrées isolées ? »
-          «Kézia, enchantée !  Oui, je voyage avec mes chiens, et la nature !!! Et vous… ?»
-          « Ravie aussi ! Oui, moi aussi ! Je voyageais seule jusqu’à il y a quelques instants ! Mais sans chiens !»
Sourires, regards incandescents et radieux partagés entre ces belles inconnues.
-          « Je viens de vous lire,  et vous apparaissez…! Si j’y croyais, je dirais que c’est un drôle de hasard, une coïncidence, mais là… la beauté et la magie de la vie sont si flagrantes que je ne dirais qu’une chose : il faut aller fêter ça ! »

lundi 25 novembre 2019

A la terrasse d'un café


A la terrasse d'un café, il regarde ce quartier qu'il a quitté bien des années. Il y a vécu sa jeunesse. Il est heureux de revoir cette animation autour de lui. Sans nostalgie, il se souvient...Son regard navigue au cœur des immensités traversées, de l'accueil des hommes et femmes d'autres cultures. Il en avait une telle soif ! Il a aimé cette vie d'aventures humaines. Il en est comblé. Des frissons le parcourent aux souvenirs des grands espaces, de leurs senteurs, de leurs beautés. Ici l'odeur et l'animation de la rue l'émeuvent de doux souvenirs. Tout à coup, il se sent oppressé par l'air pesant. Une quinte de toux le terrasse. Il avait oublié cette sensation étouffante de son asthme. Il reprend son souffle. Il plonge la main dans sa poche. Ah ? Un papier ? Il parcourt le message.

Je t'ai déjà vu de nombreuses fois. Mais je n'arrive pas à te situer. C'était il y a longtemps... J'aurais aimé te connaître mais cette fois je ne t'ai pas abordé. J'aurais surtout aimé te re-situer pour me souvenir de la nature de mon attirance. En te revoyant, longtemps après, tu avais disparu du quartier, j'ai ressenti une attirance, sans doute parce que tu avais disparu de mon environnement familier. –

L'étonnement étoile ses yeux. Un doux sourire se dessine. Une femme s'installe à une table proche. Il lui semble la reconnaître...Il ferme les yeux et plonge dans ses premiers émois : la douceur de son visage, sa voix dansante, sa démarche pétillante. Il la regarde sans oser l'aborder. Leurs regards se croisent. Leurs mots jaillissent. Des souvenirs timides fleurissent. Ils sont simplement heureux de se revoir. Ils nagent dans leur jeunesse. Iront-ils plus loin ?

samedi 23 novembre 2019

Vide-greniers


Depuis qu'un cinéma de quartier avait réouvert dans cette petite ville, il y avait enfin un prétexte pour sortir le mardi soir. C'était un beau bâtiment qui s'était fait attendre, quatre salles et de jolis fauteuils, un petit bar sans prétention, idéal pour boire un café avant un film de deux heures trente. Le mardi, les places étaient moins chères, c'était donc le jour tout désigné pour y aller. Le vendredi, dîner avec les collègues, le samedi, spectacle, et le dimanche bien sûr, les brocantes. Avec la percée écologique, 2019 était une année en or pour les chineurs - même dans les petites villes.

Ce soir, Marie arborait fièrement son nouveau manteau pied-de-poule Maje acheté lors du dernier vide-greniers qu'elle avait fait, à une femme qui avait deux fois son âge et apparemment deux fois moins de bon sens pour le vendre à quarante euros. Marie avait sauté sur l'occasion : essayé, adopté, payé. Enfin, presque, elle avait dû l'abandonner quelques minutes pour aller faire l'appoint au tabac d'en bas. Deux longues minutes passées à prier pour que personne ne mette la main dessus. Très fière de sa trouvaille donc, elle refusait de le retirer tant qu'elle ne serait pas assise face à l'écran géant.
Marie attendait au bar les boissons qu'elle avait commandées pour elle et ses amis. Quand le cafetier posa les tasses devant elle, elle plongea la main dans la poche de son manteau pour y récupérer le billet de dix euros qu'elle y avait laissé, mais le papier qu'elle en sortit ne venait pas de la banque. C'était une lettre, sans doute oubliée là par l'ancienne propriétaire.

Toi, l'inconnue dont j'ai quand même pu glaner le prénom
"Marie"
Rencontrée sur ce vide-greniers,
Rencontre un peu improbable, un peu absurde.
Je me démenais avec un barnum désarticulé
gonflé par le vent
Toi, flâneuse, tu te promenais entre les étals,
J'ai aimé l'illusion de partager avec toi un secret précieux.
Aujourd'hui, j'aimerais te le révéler.

Ce mot lui était bien adressée, par contre, il n'était pas signé. Marie fut surprise, puis intriguée, puis peu à peu, dégoûtée. L'auteur avait dû glisser le carré de papier pendant qu'elle était partie faire de la monnaie.
Absurde, ça l'était.
Marie retira son manteau.
Elle revînt à la table de ses amis avec les cafés et posa son manteau sur la chaise libre, loin d'elle. Elle resta silencieuse, bouleversée par cette lettre, par ces mots écrits, à l'énergie mise en œuvre pour la glisser dans la poche, en échappant à la vue de ses ancienne et nouvelle propriétaires. Quel stratagème il avait fallu monter. Et dire que le weekend dernier, quand elle avait choisi ce manteau, il faisait un temps quasi-printanier - un beau soleil, au moins vingt degrés. Elle s'était dit qu'il s'écoulerait des semaines avant qu’elle ne le porte. L'idée qu'elle puisse retrouver cette lettre un ou deux mois plus tard lui provoqua un frisson de dégoût. Tomber là-dessus, seule chez elle, ou pire encore, au travail, devant ses patients, seringue à la main... Qui avait bien pu mettre le mot dans cette poche ?
Marie se plongea dans ses souvenirs pour tenter de se remémorer chaque personne qu'elle avait croisées ce jour-là, mais les visages restaient flous. À force de concentration, un individu finit par se démarquer.
Un type qu'elle avait croisé trois stands avant celui du manteau. Il avait effectivement du mal à contrôler son barnum... Un très grand homme brun à lunettes, plutôt beau, probablement un peu plus jeune qu'elle.
Il n'avait pas l'air étrange, il semblait heureux et détendu, content d'être là, avec des assiettes moches sous le bras. Pas le genre à suivre une femme pour glisser une lettre flippante dans sa poche.
Marie espérait vraiment ne jamais retomber sur lui, toutefois, un part d'elle avait envie d'être confrontée à cet homme. Elle lui dirait des horreurs, lui balancerait ses quatre vérités, lui jetterait ses assiettes moches au visage et le chasserait de là, ce stalker de vide-greniers, ce harceleur de la seconde main, ce poète du dimanche (littéralement) ! Ou, plus probablement, elle l'écouterait débiter son discours qu'il imaginait romantique avant de balbutier une excuse peu crédible et s'enfuir à toutes jambes. Et elle aurait laissé le manteau derrière elle. Finalement, heureusement qu'il lui avait écrit au lieu de venir lui parler. Il était plutôt mignon, dommage qu'il soit un peu dérangé. Elle ne le recroiserait sans doute jamais. Marie prit son manteau et suivit ses amis à l'intérieur de la salle de cinéma.