lundi 22 mars 2021

Une idée vint d'Annie

Corps immobile dans sa prison. Vision au fond de la pièce, de ce corps recroquevillé dans le coin sombre. A l'abris des regards, la pensée vagabonde, laisse advenir l'envie de boire le vin de la transgression, du bouillonnement qui blanchit les lèvres d'écume avant de jeter le dé.

Le 6 s'imprime dans son cerveau, corps nu balloté comme gelée du pot de confiture, secousse de ce rut , mou, inutile et triste. Pour attendre l'ailleurs qui sauve, la poésie d'ADONIS coulent sur ses joues : « les jeteurs de dés abolissent le corps de l'instant »

Le corps ne réagit pas. Rien ne se passe. Les bras de l'éphémère poursuivent dans les cris de la jouissance. La blessure ne se ferme pas sur le corps écorché... Nouveau lancement de dé pour faire taire le 6, chiffre rond et sans accroche. Le 7 apparaît, chiffre du temps, autre image qui impose à entrer dans l'intime. Un 7 et sa clé du SI....

L'embarcation, se dessine avec l'amour comme bouée de sauvetage. C'est un amour moelleux, confortable, explosif qui ignore les échos contraires. Loin des yeux bandés, des oreilles bouchées, des bouches muselées, des émotions inertes. Vous avez devant vous un virtuose au jeu du 7 et de la clé de si !!

Si la pensée s'envole, le corps reste enchaîné, prisonnier, brisé, secoué, tremblant sous les yeux du bourreau. Le corps ne lutte plus, il s'affaisse, tout au contact du sol sale, rugueux, blessant. Ainsi étalé, il devient possible de ramper pour tordre le cou à la peur, chercher de la main les barreaux de la cage pour se relever. Ils ont disparu.


Une idée me vint

Une idée me vint. Oh ! Vœu pieu. Je bois ce vin et oh ! j’écume, et jette un dé. Six dans le cortex. Un rut, mou et niais. Nu en gelée. Oh ! Une île au loin. Je tourne la clé. Ptt. Ptt. Moteur noyé. Rien. Queue. Dalle. Je saute. Un cri. Il saute. Deux crient. C’est lui et moi. Une eau salée. Une peau cloquée. Pelle mêle sable et soin. Corps gisent là. C’est lui et moi.

Si j’avais dessiné un parallélépipède polymorphe, indubitablement j’aurais essayé, tout-tenté, dépecé, et calibré une embarcation à toute épreuve. Syntaxiquement comment améliorer le confortable recours à l’amour en bouée de sauvetage. Sur le radeau-tempête, à grosses couettes, qui inexorablement attire les mouettes. Édredon moelleux, miséricordieux, Molotov-en-vie-eux. Affolée devant ce spectacle : une ribambelle d’écuelles, de brochettes, de serpettes et de mouches qui pètent, vocifèrent anticonstitutionnellement des discours dératés, abjectes, malhonnêtes. Ainsi, systématiquement devant le gromelot des autochtones, je m’accroche sauvagement à celui qui me servira de bouée de sauvetage. Occasionnée par une attaque entièrement sordide, une démolition, une destruction, un dézingage de poltrons. 

Besoin intrinsèque de vilipender, je  intermineralisinventiquestranarchophagipoesidanimzlierofragilus. J’exhume à travers ma harangue, mes fantômes de cauchemars tsunamiques à répétition. Je m’asperge salement et conglomère un langage abusivement inaudible : unpersimyticouslapachaupourtoitasalolimopouricatalimatitoniere.

Palmes ceinturées par des lianes sur peaux mâtes. Couleur hâlée. Scarification tribale. Il ne reste que peu de son âme au touriste scalpé et balafré. Elle rit dans un coin de la cage, une jambe en vrac, des yeux dilatés par la folie. Sa bouée de sauvetage n’est plus ; plus qu’un tas humain sans vie, un amour perdu. Elle déraisonne : que va-t-elle devenir ? Objet d’échange ? Mère porteuse ? Offrande ? ça sent le cochon brûlé. Elle se jure de ne pas en manger.

1209 Les croisés descendent en hordes

1209 Les croisés descendent en hordes sur Béziers, pour le chevalier Gregorio, ne voulant pas participer à l’ost de Simon de Montfort, (qui pour s’enrichir voulait éradiquer les cathares,) cette route n’est que cris, des oh de désespoir et de tristesse devant ces corps nus, mous, sur lesquels les corbeaux s’accrochent comme sur une ile. Il serre sur son cœur la clé de son castel, peut-être n’est-il pas trop tard pour sauver ses serviteurs.

Arrivé enfin à Casseneuil, son château, reconnaissable à la forme d’un parallépipède , offre à ses yeux un spectacle indubitablement réconfortant.

Ses gens le reconnaissent, et le salue tel un sauveur, tous ont peur et espèrent que leur seigneur et maitre va pouvoir les protéger. Car si l’angoisse, est palpable, et prend à la gorge, la terreur se lit dans  les yeux des manants ; le seigneur du castel doit les protéger,  et être fidèle à sa réputation.

En effet, Sire Grégorio est connu dans la région pour sa générosité, c’est un grand redresseur de torts, et  sait «  combattivement » supprimer les difficultés et les injustices.

Il lui reste peu de jours pour réunir les barons du Toulousain afin qu’anticonstitutionnellement, ils mettent au point un système de défense. Mais tous ont fort à faire pour protéger les villages alentours de leur fief, et éviter les pillages et autres crimes.

Il leur faut tenir moins de 40 jours, car après l’ost sera terminé, et chacun rentrera dans son logis, ceux qui auront massacrés et pillés seront un peu plus riches……Béziers sera prise par félonie, les gens trop crédules ont laissé entrer les loups dans la bergerie….Les parfaits mourront sur le bucher, sans qu’on puisse faire grand-chose pour empêcher cette tragédie.

Grégorio et le peu d’hommes sachant combattre, appartenant à sa mesnie, sait que la bataille sera rude. Le cœur déchiré par la terreur, il craint de ne pouvoir les sauver tous ; il sait qu’il n’aura pas l’aide des templiers, qui refusent de prendre parti.

Alors Flore, la servante qui l’a vu naitre, lui conseille d’aller dans la forêt chercher Miranda, la sorcière, pour qu’elle les aide avec ses sortilèges : vieille, vilaine, édentée, hirsute, elle vient à sa rencontre avec un hibou posé sur son épaule, ayant bien écouté ce que lui demandait le seigneur, se met à gigoter, tourner sur elle-même, et à psalmodier :

« Intermineralisinventiquestranarchophagipoesidanimzlierofragilus » (n’oublions pas que dans cette partie du moyen âge, la superstition était grande.)

Chacun sait, de nos jours, que cela n’a pas suffit, hélas ! Après la folie meurtrière, contagieuse, dévastatrice, a succédé une période de reconstruction, de dure labeur, nul gagnant, car les vies perdues n’ont pas de prix. Mais la « secte » des cathares a disparu, et de nouveau, les chrétiens paieront la dime au clergé.

Dégouté, désespéré après avoir vu ses amis, ses gens dépecés, les femmes et les enfants massacrés, Gregorio, suivi par quelques « bons hommes » décida d’aller à Rouen, où ayant une très grande maison, ils purent se réfugier. Gregorio, riche par sa vie passée, acheta des maisons pour tous ceux qu’il ne pouvait pas loger chez lui.

Les gens reconnaissants, prirent soin de lui, et par leur travail, il put aussi se consacrer à la charge de Prévôt du Roi, que Philipe Auguste, lui avait remis pour ses bons et loyaux services.

Crac !

Crac, crac ! ses os craquent sous le joug du temps. Son cou est mou, l'eau coule le long de son dos.

Il a cru par dépit ou par déni qu'il avait la clé du temps, mais Clac ! Ses doigts crispés sur le dé, hurlent de douleur.

Oh ! S’il avait, s’il avait pu, du haut de son île, pousser le cri qui tue en temps et en heure ! il aurait vu la ville au loin, sous le doux soleil, et là, nu et fort, il aurait bravé tous les styles, aurait défié tous les poncifs et détruit tous les « y a qu'à faut qu'on ».

Parallélépipède ou parrallépipédique ? Si si la réflexion s'impose. Cela n'a l'air de rien mais lorsque le premier est un fait, une structure, une réalité incontestable ; le second est une conceptualisation qui invite à l'immensité des possibles.

Syntaxiquement tout peut s'envisager, mais indubitablement ces deux mots ne nous mènent pas au même endroit.

Ainsi va le spectacle de la vie. Vite ! le tangible, pas la vérité poético-scientifico-immuable mais le réél. Ce réel qui permet de pointer du doigt la règle, la loi pour mieux briser tout objet anticonstitutionnellement incorrect.

Seule l'écriture sauve, parce qu'elle admet l'imperfection, l'improbable. Enfin autorisé l'intermilinventiquestanarchophagiepoésieduninzlerofragilus peut nous inonder de son anarcho-poésie, fragiliser nos certitudes grotesques et viser l'infiniment microscopique.

Le faucon est son surnom, œil vif, ailes agiles et griffes acérées. C'est lui qui d'un vol large, porté par le vent, plane longtemps, lentement au-dessus des nuages. C'est un vol du tout puissant mais sans arrogance, fluide et gracieux. Rien ne l'atteint, tout est à distance. Les ailes déployées donnent le ton, imposent le respect et apaisent.

C'est le même qui, lorsqu'il le décide, peut foncer sur sa proie, déchirer les sons, déchiqueter les mots, emporter dans son refuge les phrases éparses pour les broyer, les réduire au silence, les émietter peut être pour en nourrir sa nichée.

Le cri des Corneilles

Cri des corneilles aux cimes encore nues

L’Univers s’agite, Mathilde est revenue

Clé sous la porte, tablier rendu

Demain s’effrite, Mathilde est revenue

Le cœur trop mou, haché tout menu

Les dés sont pipés, Mathilde est revenue

Oh ! Grand remplacement, Oh ! Îles mirages

A quoi bon lutter, Mathilde est revenue

Le corps en suspension dans une autre dimension le temps d’une chanson, d’un mois, d’un songe peut-être ? En contemplation devant ce parallélépipède un peu bancal, pas très symétrique en somme, qu’était sa vie jusqu’à maintenant. C’est l’hiver, le spectacle est beau, finalement, quand on le regarde de haut.

Et puis soudain, ses bras, ses jambes, indubitablement, elle vit encore et les jours font sens, les heures prennent forme et les angles des rues dans son esprit retrouvent des couleurs. Combativement, elle remet de l’ordre aux méandres de son cerveau et les reflux boueux qui composent ses pensées se mêlent d’eau claire, c’est limpide. Une démocratie nouvelle, des articles de lois syntaxiquement parfaits, en accord avec elle-même. Anticonstitutionnellement elle prend la fille de l’air, l’exode loin d’hier sera long mais la quête est louable, trouver enfin son monde, et le régir à sa façon.

Elle hasarde un œil fiévreux sur la charpente maintenant à ciel ouvert. La fenêtre en face a perdu ses carreaux, et ouvre maintenant des yeux vides sur le corps des oiseaux de proie, fermant le bal sur les derniers airs de la catastrophe qui vient de se jouer.

Oh Mathilde, trombe marine dont la légende fait trembler les pêcheurs par son inconstance, se passera- t-il un mois, un an, une décade avant que tu ne reviennes engloutir les chalutiers et leurs filets, avant que tu ne transformes à nouveau les prés en marais stériles ? Combien se sont déjà retrouvés apatrides après tes frasques ?

Elle repousse la lourde table et les décombres qui la coincent au coin de la pièce et sort de la chaumière avec peine, enjambant les branches et les gravats.

Elle ramasse au hasard les quelques souvenirs rescapés, un cadre, une théière, sa vieille poupée.

Elle émigre vers l’horizon, où le ciel est clair et où Mathilde, la reine des tempêtes, n’existe plus.

Le réveil

Le volet claque, bébé pleure, le réveil sonne. 6 heures. Ni une, ni deux, prêt partez, je saute du lit, je glisse hors du chausson, je me cogne la tête. Sonnée mais pas KO, nue je me fige. 2 secondes. Le volet claque, bébé pleure, je râle, je suis en retard ! Café avalé, dents brossées, mal coiffée. Je mets bébé dans l’auto, Leo, cartable sur le dos, Léa crie. Un feu vert, un autre feu vert, quelle chance ! Un piéton hurle, un klaxon de vélo, un frein crisse, je jette bébé à la crèche. Léa crie, arrête ! Tétine dans la bouche, doudou, bisous sur la joue, à ce soir Léa ! La cloche sonne, on est à temps, grille ouverte, travaille bien Léo ! Mission accomplie.

Etape 2, 8 heures, parking complet, sous-sol N-2, ascenseur, bureau, ouf, à l’heure. La porte claque, c’est le chef. Il crie, salle 7 tout de suite ! Alerte. En rouge, écrit en gras, police 18. Tout le monde sur le pont ! Retour dans une heure ! je cours, elle court, nous courons, le couloir est étroit. Pas de pause, pas le temps. Salut ! tu vas bien ? Pas de réponse, tout fuit. L’air pue, Paul tousse, Jacques s’en va. C’est l’hiver, déjà la nuit ! Où sont les clés ? Perdues dans mon sac. Dans ma poche. Contact. 2 rues, en bas, à gauche, à droite, en panne. Allo Chéri ? recontact, moteur OK, Créche, Ecole, Nounou. Bain, devoir, Léa Crie. J’ai faim ! Soupe et au lit. Câlin, gros câlins. Tendres, langoureux, délicieux. Silence…

Indubitablement, nous nous blottissons dans notre parallélépipède de rondeur gorgé de chaleur mêlant nos odeurs aux parfums exhalant des couvertures fraichement délaissées. L’obscurité camouffle, maquille ma fatigue extravagante, in-circonstancielle. L’embrasement me surprend, l’enlacement se voudrait précipitamment.

Non, pas tout de suite, attend ! Bébé pleure ! Léa crie ! La porte claque ! trop tard…fin

Le sommeil engouffre lascivement nos cauchemars et possiblement nos espérances, respirant spéculations et phantasmes. Bercée d’illusions et de déceptions, l’inspiration crépusculaire aspire à une journée nouvellement nocturne et ré-assainissante. L’énergie thermodynamique de mon anatomie imparfaite transpire, libérant véhémence et persévérance à d’autres émancipations indéterminées, autorisant une certaine délivrance. L’affranchissement anticonstitutionnel, contradictoire, déraisonnablement délectable, confortable, inconvenable. Accouplement de contentement et de béatitude, mon empennage pantagruélique se développe dans l’atmosphère sans dioxyde carboxylique, ramifiant mes espoirs confondus, empoisonnant passivement les excroissances de mon encéphalogramme qui s’étire courbaturé, asthéniquement. Le ‘vidangement’ déverse sa ‘poissitude’. La majestuosité des oiseaux de mon paradis chantonnent leurs gazouillements matinaux, …

J’ouvre un œil, l’aiguille indique 9h45, aujourd’hui c’est dimanche.

Mon corps et mon esprit m’appartiennent à nouveau après cette semaine difficile. Je suis à nouveau moi, la mère heureuse de mes enfants, la femme aimante de mon mari, l’ingénieuse accomplie, la sportive du dimanche. Une belle journée pour combler le trop des jours passés en une douce bienveillance. Je rirais, je pleurerais peut-être mais bien vivante dans la chaire qui me sied si bien. Mon costume, repassé droitement dans l’armoire, attendra Lundi que sonne 6h.

mardi 16 février 2021

1001 nuits d'amour

Les milles et une nuit était posé sur la table de la cuisine. Les milles et une nuit c’est tout ce qu’il m’avait laissé. Milles et une nuit d’histoire. Milles et une nuit d’amour. Milles et une nuit de rêves. Milles et un contes racontés si souvent. Il était parti. Du jour au lendemain. Cette douloureuse impression de sentir que notre vie va profondément être bouleversée à partir de ce moment précis mais sans pouvoir en définir les contours ni prendre conscience du tsunami qui s’en suivra. Cette fâcheuse impression d’une scène de déjà vu, tournée dans tant de films mais dont on pense ne jamais pouvoir en être l’acteur principal.  

« J’ai de grands projets dont je ne peux te parler. Un jour je t’expliquerai ».  Papier blanc. Feutre noir. Table de cuisine.  

J’ai d’abord cru à un enlèvement, une disparition inquiétante avant de me faire une raison.  Emile avait bel et bien quitté, ou devrais-je dire fui le bateau, en me laissant dans l’incompréhension totale. Les similis nuits dans lesquelles je sombrai alors fut une longue traversée de rêves noueux et de larmes au réveil. Ce n’est qu’au bout de quelques mois que je repris peu à peu goût à la vie et c’est lorsque que je n’espérais plus avoir de nouvelles qu’un jour Sandra, ma meilleure amie vint me trouver avec un article de journal à la main. L’encadré contait l’histoire de ce marseillais qui s’était pris d’amour pour les huîtres. D’une véritable passion qu’il avait du jour au lendemain décidé de tout quitter. Sa ville. Sa femme. La bouillabaisse. Tout. Pour aller s’installer seul en Normandie et tout recommencer à zéro. Sous l’encadré une petite photo, dessus on pouvait voir un homme, une barbe courte, se tenant sous un panneau de restaurant indiquant « l’Emile et une huître ».