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jeudi 10 juin 2021

Quand elle rit

C’est une personne toute en fragilité. Peu farouche, il faut la protéger pour la conserver prés de soi sinon elle s’enfuit trop loin pour la rattraper. Frêle et capable de force, elle a bien voulu occuper le nid que j'ai mis en place au printemps. Le bois d'à côté lui sert de réserve à ses pensées les plus secrètes auxquelles personnes n’accède mais sa trajectoire pour revenir est toujours la même. Alors je l’attends patiemment de crainte de l’effrayer par trop d’empressement et par timidité aussi. Chargée de doutes dans les premières semaines, elle nourrit aujourd’hui notre potentiel avenir, enfin j’y songe et j’ai envie d’y croire. Je la vois parfois arriver à toute allure sans prévenir ma trop grande proximité, puis dans cette retenue qui la soutient, elle me sourit, d’un sourire nouveau. Si je l’observe avec trop d’empressement, elle rougit et feint une attitude assurée pour s’atteler à une autre tâche loin de moi. Face à face, dans un reflet lumineux ou plus sombre, nous restons à portée du regard à essayer de mieux nous comprendre. Je sais qu'elle est là parce que ses yeux aujourd’hui soulignés de maquillage, s’expriment à travers un regard qui en dit long. Ce regard dans lequel elle se faufile. Et moi, je m’y plonge, par une grimace pour qu’elle parte, par un sourire pour qu’elle vive, m’accompagnant dans sa transformation, de corps et d’esprit. Elle me révèle cette féminité qui s’accomplit doucement mais surement. Quand elle rit, ce n’est point le chuintement du hérisson qui se faufile sous la haie comme autrefois, quand elle avance, ce n’est point la patiente tranquille de l'araignée qui tisse sa toile lorsque nous écoutions les conte du soir; c’est une femme qui résiste au temps qui passe, une enfant qui ne voulait pas grandir. Cette princesse devenant reine est une danseuse joyeuse, qui tisse aujourd’hui le nid avec précision de ses mains agiles. Infatigable, prudente, frêle et obstinée, elle conquit jour après jour mon corps et mon cœur. Elle consacre les moments de pause à l'entretien de ce que la vie lui offre.  Elle lisse et peigne soigneusement, démêlant ses terreurs nocturnes d’enfants au profit d’un désir naissant, un art millénaire. Sa voix tantôt autoritaire, tantôt caressante lui le donne ce ton particulier emplissant l'espace par petites ondes fines, régulières, distinctes. Elle devient femme, je deviens homme. Comme elle, je laisse l’enfance me quitter pour accueillir celui que je deviens à ses yeux. Cet hiver elle s’est nourrie de glaces et de bonbons, ce printemps, sa nourriture se veut plus masculine à la recherche de moi. Ce petit voisin d’à côté ne se ressemble plus d’ailleurs : elle m’aime surement puisqu'elle a élu domicile sur ma terrasse. Maintenant que ses rondeurs ont fait leur apparition, elle favorise un autre accès et le nourrit plus de regards que de rires en éclat que j’entendais encore hier. Pas encore le savoir-faire, plutôt l’intuition. Il faut que les hormones soient gavées de protéines pour pouvoir s'envoler bientôt et surtout apprennent vite à chasser et se nourrir par eux même. Travailleuse, obstinée, attentionnée ! si je vous présente ce modèle, avouez-le : vous avez envie de hausser les épaules, passer votre chemin, ce n'est qu'un petit oiseau du printemps que j'aurais si peu remarqué si je ne lui avais pas mis un gite à disposition. Moi, si déconnectée de la nature et de ce qui s'y joue, je reste subjuguée par ce manège éphémère mais que je pourrais reconvoquer chaque matin. Aussi loin que je me souvienne, je n'ai jamais été sollicitée, invitée à mettre les mains dans la terre, à observer et comprendre le monde, la chaleur. Alors je me laisse surprendre par cette rencontre qui ne date pas d’hier mais qui revêt d’autres apparats. Cette vie que j'observe à son insu n'attend rien de moi, si ce n’est une invitation. Elle est tout simplement et vient me rappeler que tout est permanence et fragilité, que la vie s'écoule que j'y prenne part ou pas. Grande leçon d'humilité et sourire du jour ! La nature et les petites mésanges bleues ne se trompent pas, le printemps est bien là ; et moi si souvent, très souvent et avec de plus en plus de jouissance à m'en rendre compte, à dédramatiser, ironiser puis refoncer tête baissée. Une autre permanence : trébucher, sauter de joie, se croire arrivée, regarder derrière, jouer à chien et chat, chat perché, s'envoler maintenant. Cette mésange si singulière n'a que sa robe bleue et jaune à la douceur d'un rêve, et son air inquiet qui la rend à la fois si accessible et inaccessible. Elle m'hypnotise un instant, comme un œil accroché à ce tableau que je découvre pour la première fois. Emotion sans cesse renouvelée et intacte à chaque fois qu’elle passe le pas de ma porte depuis le jour où nous devenons ceux que nous serons. Je n’omets pas que l'envol programmé de la nouvelle portée est synonyme de liberté. Et c’est avec la voisine d’à côté que j’ai envie de m’envoler.


Le coq

Je peindrai ici l’image d’un oiseau et pas n’importe quel oiseau : un coq ! C’est une bête altière, le cou s’évasant en trompette et la queue coiffée de plumes hirsutes. Son corps vêtu de toutes couleurs porte des yeux ronds qui vous fixent avec fierté et hypnotisme. Sa petite tête ornée d’un chapeau de noblesse s’anime lorsque du fond de son gosier résonne sa célèbre cantate du matin. C’est alors, le regard fixant la dernière étoile, le torse bombé, qu’il pousse le son guttural que l’on reconnait entre tous.

Ce n’est point le colibri, léger et volatil qui disparait dans la canopée. Ce n’est point l’aigle royal planant tel un Dieu dans les cieux. C’est l’emblème de la France qui déploie ses ailes à 2 cm du sol, qui prône son autorité du haut de son perchoir, entouré de sa bassecour assouvie. Quand lui prend une envie de soumettre la poule, il se jette à la vitesse de l’éclair sans alternative et préliminaire. Inutile de faire la cour à sa cour. Sa séduction est tout acquise, sa majesté s’offre à son harem, sa première dame doit en percevoir l’honneur, ébouriffée par tant d’ardeur.

La nourriture : il l’aime. Du gros ver bien gras et gesticulant au grain de sable ou de blé, tout y passe. Son bec pointu et crochu attaque tel un bretteur à la garde saisissant d’une balestra ancestrale le moindre sujet à croquer. De ses ongles apprêtés pour l’usage, son agilité griffe le sol d’un geste vif dénichant des trésors insoupçonnés.

Il pourrait craindre le renard s’il le connaissait rusé mais ceux qui ont eu la malchance de le rencontrer ne sont plus là pour en témoigner. Alors il ne craint personne et saurait doubler de volume si un concurrent viendrait à se présenter. Il ne peut y avoir qu’un bellâtre dans le poulailler. Détesté dans les villes, si je vous présente ce modèle, avouez-le, c’est qu’il respire la campagne du haut de son royaume. Accepter le chant du coq au levé du jour un we chez grand-mère est le pire des cauchemars quand les klaxons ont fusé au feu rouge, en bas de la cage d’escalier et ce, chaque jour de la semaine. Paris veut du calme quand il s’en éloigne. Il mettrait volontiers son favoritisme sur les vaches si celles-ci ne s’encombraient de mouches. Je n’omets pas qu’il préférerait même le surgelé que de l’avoir dans son assiette, parce que c’est mieux pour la planète…

La Souris

 Je peindrai ici l’image d’un petit animal de nos villes et de nos campagnes. Une Souris ! C’est une bête en ce qu’elle comporte 4 pattes, 2 yeux et 2 oreilles en qui les histoires lui donnent autant de bienveillance que d’animosité.

Son petit nez pointu où se perchent des moustaches telles des antennes lui donne l’allure d’un bolide profilé capable de se faufiler là où on ne s’imaginerait pas la voir paraître. Les portes ont beau être closes, malgré son apparence ventrue, cet animal doté d’abstraction, traverse les cloisons s’aplatissant comme une crêpe. Sa vélocité surprenante fait qu’on la craint malgré une corpulence des plus ridicules. Ses petites pattes comme des doigts lui donnent une sorte d’humanité lorsque tenue sur son train arrière, elle lève son museau pour nous regarder de plus près.

Ce n’est point le rat que l’on rend coupable de monstruosité sauf s’il est à l’opéra, Ce n’est point la taupe qui retourne, le temps d’une sieste, le potager amoureusement entretenu. Ceux-là on finit par les maudire de tous les maux,

C’est le livreur de petites surprises sous l’oreiller lorsqu’une dent vient à nous manquer, le confident de ses tristesses, dévoué à notre pauvre Cendrillon, la complicité de Bernard et Bianca dans leur péripétie rocambolesque, Mickey, Little stuart, Jerry, autant de héros qui ont bercé notre enfance. On la préfère, blanche ou marron, surtout pas noire et idéalement verte.

La nourriture : notre petite souris l’aime au point d’y perdre la tête dans la tapette dont la vélocité du mécanisme ne lui laisse que peu d’alternative. On se la figure gourmande et bedonnante sans pour autant entraver sa dextérité. On se demande d’ailleurs, lorsqu’on la surprend, comme elle a pu se retrouver au-dessus de l’armoire, de cette armoire voyez-vous ! Mon garde-manger... Aurait-elle le pouvoir de sa cousine ailée ?

Si je vous présente ce modèle, avouez-le, c’est qu’au-delà des histoires aussi mignonnes soient elles, hors de nos rêveries d’enfants, cette bête nous fait horreur sitôt qu’elle ose faire son logis dans notre logis !! Son don d’ubiquité par un jeu de multiplication d’elle-même en un temps record la condamne sans procès ,craignant les pires nichées que les petites crottes trahissent sans scrupule. Je n’omets pas de penser que si elle se mangeait, elle aurait un tout autre intérêt aux yeux de la noblesse que nous sommes !

mercredi 28 avril 2021

Bourgeon de Rose

Les nuits sont encore longues, les matins sombres. Les oiseaux timides bourdonnent à peine en présage du printemps. Je surveille avec délectation malgré la fraicheur encore persistante, les petites épingles de verdures qui s’attachent aux rames épineuses de mes rosiers taillés dans leur costume 3 pièces de circonstance. De petites feuilles foncés et brillantes se revendiquent avec insolence en foliole, attendant que les grappes de roses leur volent la vedette. Et je t’ai vu petit bouton hésitant à ton devenir, craignant la précarité d’une naissance trop précoce sous un soleil encore vaporeux. Le vent qui continue de tousser, le froid de nous enrhumer. Planté sur ton pédoncule comme un trophée, tes sépales serrés et effilés laissent à peine deviner ton calice en germe. Nul ne sait la couleur de ta corolle sous ta cape de soie épaisse, en tenue de camouflage, sauf moi qui te connais de génération en génération. Tu seras la reine de mon jardin avec tes moultes jupons roses couvrant pudiquement tes anthères qui trôneront au bout de tes étamines fines et délicates.

J’aime ce moment où je te regarde grandir, accompagnant le chant des oiseaux que tu appelles dans ta solitude. Les pucerons tentent déjà quelques assauts à ta beauté sucrée, violant ton intimité encore chaste et sans revendication. Mais je serais là pour te protéger, te donner le temps de te parfaire dans tes velours parfumés. Tes acicules auront beau acérer leur piquant, ils ne gâcheront pas la douceur de tes propos. Car tu me parles, me contant le temps qui passe, trahi par ta frondaison envahissante et tapissant mon mur de pierre.  Tu es la première, celle de tous les honneurs, l’ainée d’une fratrie que tu élèveras pour partie, celle que je ne couperais pas parce qu’unique à cet instant.

Ce matin, j’ai vu exploser tes sépales, comme de longues écailles fendues sous la pression, libérant une énorme goutte, dense, opaque et veineuse. Tes pétales, collées les uns contre les autres renferment encore un secret près d’éclore. De fins canaux couvrent ta peau, irriguant ma joie par la rosée qui perle délicatement sur ton épiderme. Je ne te touche pas de peur de te gâcher, respectant ta virginité dans ce nouveau monde. Tandis que ta maturité fait son chemin, d’autres petites flèches, s’éperonnent au bout des tiges cherchant à te ressembler. La verdure s’embrase, t’accueillant dans son lit.

Ma fille est à ton image, les boucles dans les cheveux et le rose aux joues, elle fera tourner la tête à plus d’un poète et à d’autres plus audacieux.

Abreuvez-vous des aubades pour murir au soleil sous votre robe de corolle. Lorsque vos pétales tomberont, mon cœur battra encore sous vos paupières, laissant une nouvelle saison pour croître et parfumer le monde aux milles étamines.


lundi 29 mars 2021

Isabelle crie aux corneilles

Des corneilles volent au-dessus de la forêt sans feuille, le vent souffle, la tempête s’annonce. Les maisons se ferment et se vident, les bourrasques font fuir les habitants, tristes et sans défense. L’ouragan approche de toute sa hauteur, au-dessus de la ville blanchie sous la neige. C’est un cataclysme qui inonde les rues, balayant tout sur son passage. Tout sera à reconstruire, tout est détruit. Les maisons n’ont plus de toit, les oiseaux se réfugient par les carreaux cassés. Les gravats volent sous le vent. La catastrophe s’étend. 

Ce n’est pas la première fois que le pays connait une telle tempête, et à chaque fois c’est la même chose. Les marins et les habitants se souviennent et racontent. Ils pleureront encore leurs morts et leurs dégâts devant les corps perdus et les décombres. Quelques secondes seulement pour tout anéantir et des années pour se reconstruire. Deuil et ruine lorsque le cyclone est passé. La ville est dévastée, il ne reste que la désolation pour les survivants.


lundi 22 mars 2021

Le réveil

Le volet claque, bébé pleure, le réveil sonne. 6 heures. Ni une, ni deux, prêt partez, je saute du lit, je glisse hors du chausson, je me cogne la tête. Sonnée mais pas KO, nue je me fige. 2 secondes. Le volet claque, bébé pleure, je râle, je suis en retard ! Café avalé, dents brossées, mal coiffée. Je mets bébé dans l’auto, Leo, cartable sur le dos, Léa crie. Un feu vert, un autre feu vert, quelle chance ! Un piéton hurle, un klaxon de vélo, un frein crisse, je jette bébé à la crèche. Léa crie, arrête ! Tétine dans la bouche, doudou, bisous sur la joue, à ce soir Léa ! La cloche sonne, on est à temps, grille ouverte, travaille bien Léo ! Mission accomplie.

Etape 2, 8 heures, parking complet, sous-sol N-2, ascenseur, bureau, ouf, à l’heure. La porte claque, c’est le chef. Il crie, salle 7 tout de suite ! Alerte. En rouge, écrit en gras, police 18. Tout le monde sur le pont ! Retour dans une heure ! je cours, elle court, nous courons, le couloir est étroit. Pas de pause, pas le temps. Salut ! tu vas bien ? Pas de réponse, tout fuit. L’air pue, Paul tousse, Jacques s’en va. C’est l’hiver, déjà la nuit ! Où sont les clés ? Perdues dans mon sac. Dans ma poche. Contact. 2 rues, en bas, à gauche, à droite, en panne. Allo Chéri ? recontact, moteur OK, Créche, Ecole, Nounou. Bain, devoir, Léa Crie. J’ai faim ! Soupe et au lit. Câlin, gros câlins. Tendres, langoureux, délicieux. Silence…

Indubitablement, nous nous blottissons dans notre parallélépipède de rondeur gorgé de chaleur mêlant nos odeurs aux parfums exhalant des couvertures fraichement délaissées. L’obscurité camouffle, maquille ma fatigue extravagante, in-circonstancielle. L’embrasement me surprend, l’enlacement se voudrait précipitamment.

Non, pas tout de suite, attend ! Bébé pleure ! Léa crie ! La porte claque ! trop tard…fin

Le sommeil engouffre lascivement nos cauchemars et possiblement nos espérances, respirant spéculations et phantasmes. Bercée d’illusions et de déceptions, l’inspiration crépusculaire aspire à une journée nouvellement nocturne et ré-assainissante. L’énergie thermodynamique de mon anatomie imparfaite transpire, libérant véhémence et persévérance à d’autres émancipations indéterminées, autorisant une certaine délivrance. L’affranchissement anticonstitutionnel, contradictoire, déraisonnablement délectable, confortable, inconvenable. Accouplement de contentement et de béatitude, mon empennage pantagruélique se développe dans l’atmosphère sans dioxyde carboxylique, ramifiant mes espoirs confondus, empoisonnant passivement les excroissances de mon encéphalogramme qui s’étire courbaturé, asthéniquement. Le ‘vidangement’ déverse sa ‘poissitude’. La majestuosité des oiseaux de mon paradis chantonnent leurs gazouillements matinaux, …

J’ouvre un œil, l’aiguille indique 9h45, aujourd’hui c’est dimanche.

Mon corps et mon esprit m’appartiennent à nouveau après cette semaine difficile. Je suis à nouveau moi, la mère heureuse de mes enfants, la femme aimante de mon mari, l’ingénieuse accomplie, la sportive du dimanche. Une belle journée pour combler le trop des jours passés en une douce bienveillance. Je rirais, je pleurerais peut-être mais bien vivante dans la chaire qui me sied si bien. Mon costume, repassé droitement dans l’armoire, attendra Lundi que sonne 6h.

jeudi 17 décembre 2020

Un soir à Londres

Marie est une scientifique dans l’âme, jusque dans les veines d’ailleurs. Bercée depuis son plus jeune âge par son nom de famille ‘Cury’ dont la consonnance ne lui laissait pas d’autres choix que celui d’un avenir fait d’axiomes et d’hypothèses à vérifier, elle suivit sa route brillamment. Issue d’une lignée douteuse, ses parents n’avaient pas eu d’autres idées de génie dans leur vie que de la prénommer Marie et de garder pour le suivant celui de Pierre. C’était lors d’un pari de comptoir que la décision avait été prise : son père bien éméché et accoudé au bar, n’eut pas d’autres possibilités pour payer sa dette, sinon par une tournée générale, les poches vides. Ainsi ses enfants s’appelleront Marie et Pierre avait-il juré, craché. Ils en rient encore, sous un soupir désabusé de Marie qui finalement en disait moins long que la tendresse qu’elle avait à leur égard. Il parait d’ailleurs vraisemblable que ses parents ne sachant pas trop ce qu’il faisait en la baptisant de ce joli prénom lui léguait une porte de sortie vers l’opportunité d’une rupture génétiquement modifié sur leur vision du monde. Ils le découvrirent année après année face aux carnets de notes de cette enfant prodige qui leur apprirent à l’âge de 6 ans la vie du couple célèbre incarné en Pierre et Marie Curie dont ils ne soupçonnaient alors pas l’existence.

Cette nouvelle époque permettant toutes les aspirations aux femmes de ce monde, Marie reçut les félicitations de son jury de thèse de doctorat en physique quantique le jour de ses 20 ans. Elle se savait d’une intuition scientifique potentiellement supérieure à la moyenne mais ignorait totalement son charme qu’elle ne dévoilait pas sous ses vêtements totalement démodés et peu avantageux.

Pour Pierre, l’inspiration en fut tout autre. L’alcool qui coulait à flot au sein de cette famille ne l’épargna pas dans cette dépendance d’assoiffé quel qu’en soit la couleur ou l’odeur. Née 3 ans après sa sœur Marie, observant à la dérobée les moqueries dont elle était la cible mais préférait la taire pour ne pas l’alimenter, il avait fait le choix de son camp, celui digne de sa famille, applaudi sous les héglouhéglouhéglous ! Il n’endossa pas le costume de Pierre Curie qui ne lui seyait guère bien qu’il eut bien souvent l’impression de mieux comprendre les discours de sa sœur, une fois passé l’heure de l’apéro. La physique quantique prenait des allures de Spock lorsque le capitaine Kirk du vaisseau Enterprise le téléportait dans une galaxie lointaine. A la lumière de cette science fantastique, tout prenait sens et il lui semblait que Marie avait quelque chose de cette race distinctive de la planète Vulcain. Il lui arrivait d’en méditer le nez planté dans les étoiles, la tête à l’envers lorsque cette dernière se voulait trop lourde pour le ramener dans ces rues devenues trop étroites.

Tout les séparait et pourtant respectivement ils leur semblaient qu’ils étaient les seuls à pouvoir se comprendre mutuellement. Leurs parents avaient fini dans le fond d’un ravin, à la déroute depuis trop longtemps déjà. La voiture avait malheureusement obéi aux coups de volant cadencés par la radio délivrant le dernier tube de l’été. Ils auront au moins chanté à tue-tête, la langue pâteuse, jusqu’à la dernière seconde sans prendre conscience que ce fut la dernière.

Marie avait alors rassuré son frère, bercé par les mots qu’elle usait, d’explications statistiques, de fréquences d’onde et corrélations d’occurrences qui avaient conjurées leur sort avec une probabilité epsilon d’en réchapper. Il l’avait crue, de tous ses vœux sans en rien comprendre.

 

Un an s’était passé depuis ce terrible accident embarquant Marie dans les profondeurs de ses nuits et de ses jours, centrée et concentrée sur ses recherches en biotechnologies goulument, et ravinant Pierre dans les liquides de toutes sortes tant qu’ils finissaient dans le fond de son gossier à embrumer ses sens. Chacun tentant d’oublier à leur manière le manque, en le comblant de substances addictives, kidnappant leurs neurones avides. 

      La lettre de mutation au laboratoire secret de Londres sonna la rupture de cette routine. Marie convainquit son frère de la rejoindre vivre dans les quartiers Sud où elle avait emménagé quelques semaines auparavant : une nouvelle vie pour d’autres expériences sans les fantômes du passé. Pierre vient de poser ses bagages à Londres, il est 18h, c’est l’été. Par la fenêtre, le parc de Winster les appelle à la visite.

 

        Marie, allons au parc, dans mon sac tout ce qu’il faut pour un pique-nique, le duty free oh là là que de nouvelles saveurs à découvrir. Tout est, tout est dans mon cabas.

        Je valide ton approche, les probabilités convergent, la météo est hypothétiquement bonne, en espérant que les prédictions ne soient pas arbitraires. Figure-toi que les élèves de première année ont surpassé les pronostics des plus grands scientifiques ! Modèle très simple sans formule complexe, c’est bluffant ! 

        Simple por toi, ma Mariiie…

        Non ! La théorie :’ Demain il fera le même temps qu’aujourd’hui !’

       

        Oui ! et sur 2 mois d’étude, nos étudiants ont présenté des résultats fiables à 85%, là où les algorithmes atteignent difficilement 70%. Alors ton idée est excellente, filons au parc… On ne craint pas la pluie, ni le brouillard Londonien. Négligeons les 15% de risques, le temps sera aussi clément qu’hier.

        Aaah Mariiiie, t’as toujours les éléments pour me con- pour me convaincre p’tite chœur !

        Mettons-nous à l’ombre de ce grand hêtre, les UV de notre astre chéri ne devraient pas pouvoir altérer notre épiderme trop blanc. Sais-tu qu’à 18h l’indice UV même à l’ombre peut engendrer un érythème actinique même sans être lucite. Cette position à latitude 51° 30' 30 N et longitude -0° 7' 32 O ne nous épargnerait pas.

        T’as raizzon, Marîii, l’endroit est paaarfait ! Regarde les tréssors de mon cabaat

        Pierre, soit raisonnable, je pensais que tu étais guéri de cette pathologie cérébrale, enfin, celles définie par une dépendance à une substance ou … une activité, avec des conséquences délétères. C’est l’occurrence d’un mauvais choix, tu m’avais promis. Plus d’alcool !

        Bah parce que tu crois que t’as pas la patogie toi avec ta soif scienfique? Et pis on s’compri mieux en délétères. Promis !

        Non, en ce qui me concerne, pas de pathologie au sens strict du terme. Ce sont deux phénomènes différents qui n'affectent pas le cerveau de la même manière. On parle de dépendance lorsqu'on souffre du syndrome de sevrage à l'arrêt brusque de la consommation. La science et ma soif d’apprendre est une partie de moi, c’est comme si je m’amputais si je devenais une autre. Alors que l'addiction est la consommation excessive d'une substance, en dépit des conséquences néfastes. Tu confonds.

        Ok, si tu l’dis, bois un coup avec moi pour voir si t’as raizzon, et voir si t’as pas l’addic, addition de la maitriche.

        Je suis juste douée de raison de jugement, ca na rien à voir avec la volonté de maitrise. Quelle méprise ! quand j‘expérimente des théories, toutes les incertitudes résident tant que je n’en ai pas la démonstration.

        Allez Choeurette, une expérience ! une expérience ! une expérience ! un treuc perso rien qu’à toi….hic !  Bois un coup, c’est divin et tu chais rien de cha ! Una granda découverta dans ce petit flacon !

        J’ai lu un article scientifique Allemand qui disait que l’ivresse permet de percevoir la vraie réalité, elle éveillerait les sentiments et nous connecterait au monde mais ces effets latéraux sont dommageables. Il vaut mieux s’en affranchir.

        Moi ze dit juste que ch’est dômage de rester ign-ignorant, et tout est tout. Tu préfères croire que chavoir ? Hic ! Tiens, viens avec moi pour une fois…

        Ok mais pas plus d’un décimètre cube et je ne te condamnerais pas d’iatrogénie. Mes neurones doivent rester connectées à mes synapses sinon qui prendra soin de toi, petit frère.

        Tu vas voir, mon chou, les étoiles te paraitront plus près que dans ton microchcop. Hic ! Tu verras même peut être la vie sur Mars. Heglouhéglouhéglou !

        Pouaff, un corps froid qui délivre une telle chaleur, d’où vient cette énergie thermique. Quelle enthalpie pour engendrer une telle thermodynamique fulgurante. J’en perds mon grec et mon latin, contredisant le phénomène adiabatique qui s’opère dans mes organes qui se revendiquent un par un. C’est plus que la délivrance émotionnelle, c’est de l’hypersensibilité physiologique.  Les cheveux aux quatre vents, le sud, l’est, le nord et l’ouest tous réunis en un seul point barycentre !

        On se calme, petite chœur, il faut que je regloute un coup, tu vas trop vite, trop vite, viteeee. Reste avec moiii!

        …. !

        Piiieer ! les oiseaux ne chantent plus ? mon oreille ne capte plus les ondes sonores, ne tranchmet plus les vibrations jusqu’à ma cochlée. J’ai perdu mes cellules ciliées. Ch’entends les palpitations de mon cœur qui s’emballe dans mon système nerveux chentral, je chens mon épicarde et mon endocarde, fichtre !!!

        Ah tu reviens, tu reviens, ch’ai cru que tu étais morte ! un état aussi végétatif que l’herbe grillée où tu es couchée. Tu me comprends hein ?

        Ou chon les enfants du parc, tout est silence à l’extérieur de moi. oouh ma tête, un vertige paroxystique ? C’est notre planète sur son orbite ! Chui capable de ressentir la rotation planétaire et orbitale sur son plan astral, le tout en un… Fichtre !

        Tu es partie pendant quatre heures, ne fais plus jamais cha, choeurette ! Ton corps t’a tout quitté…

        Quatre heures ! partie ! un voyage sidéral, un trou dans le temps, un trou noir, les particules quantiques, elles sont là devenues visibles, elles papillonnent, elles me parlent, elles m’invitent. Heisenberg en deviendrait fou ! Cloué le bec à ses inchertitudes !. Je suis leur amie. Je vous connais, je vous ai étudié de longues années, je vous vois, je suis heureuse, hic, je suis heureuse, Pierre. Plus rien n’existe, il n’a plus qu’elles qui veillent, qui ont toujours veillé dans l’ombre et qui se révèlent à moi aujourd’hui ! La ‘rivilation’ (révélation) de tous les temps et de tous les espaces.

        Viens, choeurette, on va rentrer, les oiseaux sont dans leur nids, les enfants sont couchés, le parc est désert, rentrons. Hop ! que tu es lourde !!! Move for me…hic ! mais tu pèses au moins 100kg…

        C’est le poids de la science…Je suis légère, mes pieds ne touchent pas le sol, une lévitation sans magnétisme et ma tête pèse la conscience de ce qui m’entoure. Quand je pense que tu détenais ce secret… Nos parents seraient fiers de me savoir enfin sachante !

        Oh non, les grilles du parc sont fermées…