jeudi 10 juin 2021

La Mésange

Je peindrai ici l’image de la mésange. C’est une bête toute en fragilité. Peu farouche, il a fallu la protéger depuis plusieurs années pour la conserver dans nos paysages. A peine plus dodue qu'un moineau elle a bien voulue occuper le nichoir que j'ai mis en place au printemps. Le bois d'à-côté lui sert de garde à manger et sa trajectoire pour rejoindre le nid est toujours la même. Chargée de paille dans les premières semaines ou de nourriture actuellement pour nourrir sa portée, elle arrive à toute allure sans oublier d'identifier ma trop grande proximité. Si c'est le cas elle se pose en près du nid, observe et je ne sais selon quel critère termine sa mission ou rebrousse chemin pour se poser sur la première branche du bois voisin. Nous restons toutes deux à portée du regard. Je sais qu'elle est là parce qu'elle tapote du bec soit à l'intérieur du nid soit sur le perchoir en bordure du passage étroit dans lequel elle se faufile. Elle y pénètre toujours de la même manière en plongeant la tête la première et sa queue frétille avant que l'ensemble du corps soit englouti. Ce n’est point le chuintement du hérisson qui se faufile sous la haie, ce n’est point la patiente tranquille de l'araignée qui tisse sa toile ; c’est un travailleur insatiable au service de ses progénitures futures. Cette petite boule de plumes jaunes et bleues est une danseuse joyeuse, qui tisse le nid avec précision de son bec pince, aiguille et pilon tour à tour. Infatigable, prudente, frêle et obstinée, elle et son partenaire répètent ce ballet devant ma fenêtre inlassablement avec grâce. Acrobate surprenante et modèle de vivacité, elle s'accroche à ma haie dans des positions incroyables, tête bêche ou sur une branche si fine qu'elle ploie sous ces quelques grammes de plumes. Elle consacre les moments de pause à l'entretien de son plumage qu'elle lisse et peigne soigneusement reproduisant, comme pour la confection du nid, un art millénaire. Son chant bref, triolant lui ressemble, bref, joyeux, il envahie l'espace par petites ondes fines, régulières, distinctes. Cet hiver j'ai enrichi sa nourriture de boules grasses : elle l’aime surement puisqu'elle a élue domicile provisoire sur ma terrasse. Maintenant que les oisillons ont fait leur apparition elle favorise le vivant et ne les nourrit que de larves et chenilles. Encore le savoir-faire et la transmission. Il faut que les petits soient gavés de protéines pour pouvoir s'envoler bientôt et surtout apprennent vite à chasser et se nourrir par eux même. Travailleuse, obstinée, attentionnée !si je vous présente ce modèle, avouez-le : vous avez envie de hausser les épaules, passer votre chemin, ce n'est qu'un petit oiseau du printemps que j'aurais si peu remarqué si je ne lui avait pas mis un gite à disposition . Moi, si déconnectée de la nature et de ce qui s'y joue, je reste subjuguée par ce manège éphémère mais que je pourrais reconvoquer l'année prochaine. Aussi loin que je me souvienne, dans mon éducation je n'ai jamais été sollicitée, invitée à mettre les mains dans la terre, à observer et comprendre le monde animal. Alors je me laisse surprendre par cette rencontre.

Cette vie que j'observe à son insu n'attend rien de moi, elle est tout simplement et vient me rappeler que tout est permanence et fragilité, que la vie s'écoule que j'y prenne part ou pas. Grande leçon d'humilité et sourire du jour ! La nature et les petites mésanges bleues ne se trompent pas ; et moi si, souvent, très souvent et avec de plus en plus de jouissance à m'en rendre compte, à dédramatiser, ironiser puis refoncer tête baissée. Une autre permanence : trébucher, sauter de joie, se croire arrivée, regarder derrière, jouer à chien et chat, chat perché, s'envoler sans cesse. La mésange n'a ni goût, ni odorat, son instinct lui suffit, sa robe bleue et jaune a la douceur d'un rêve, son air inquiet la rend accessible. Son assiduité à accomplir sa mission, coûte que coûte m'hypnotise un instant, comme œil accroché à ce tableau que je découvre pour la n-ème fois. Emotion sans cesse renouvelée et intacte. Je n’omets pas que l'envol programmé de la nouvelle portée est synonyme de liberté.


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