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lundi 22 mars 2021

Sur une île

Il crie cet homme nu, sur une île. Il hurle à Dieu, « donne moi la clé, jette donc les dés ». Mais Dieu se cache, absent, inexistant. Désespoir. Absurdité. L’homme s’effondre, mou, comme le sable. « Oh ! enjoint l’Eternel. Lève-toi et marche » !

Ce spectacle était indubitablement cruel. Un mot interminable vint à l’esprit de Solman : « Intermineralisinventiquestranarchophagipoesidanimzlierofragilusr ». C’est peut-être ce que dirait Dieu s’il s’intéressait à nous autres, pauvres créatures perdues et abandonnées sur cette pauvre terre ? Dieu est incompréhensible, se disait l’Homme perdu dans ses pensées. « Prêter des paroles humaines à Dieu, se serait l’enfermer dans nos schémas de pensées syntaxiquement humains, dans une sorte de parallélépipiède hyper étriqué », se disait Solman dans cette longue méditation mélancolique et contradictoire, allongé de toute sa longueur, de toute sa lourdeur, dans le sable chaud. Dans un regain de volonté, l’homme tenta de se relever, combativement pourtant. Mais il retomba lourdement dans le sable, dérouté, révolté. « Dieu tu es un hors la loi. Dieu, tu ne respectes rien ! apostropha t-il. Anticonstitutionnellement, tu as décrété le souffrance et la solitude sur cette terre ».

Dieu ne parla pas à Solman. Enfin pas comme il l’aurait cru. Quand Solman fit enfin cesser sa petite voix victimaire, il réussit à se lever. Il décida de quitter la plage pour découvrir la jungle que recouvrait la colline environnante. Il oublia sa révolte, son sentiment d’abandon et de solitude. Il voulait désormais atteindre le sommet et se concentra bientôt totalement à la réalisation de ce but. Par une intuition surnaturelle, il avait désormais la certitude qu’une expérience initiatique l’attendait tout en haut. Les plantes grasses et les ronces lui dévoraient les mollets. Solman n’y prêtait plus attention. A mesure que son ascension progressait, il découvrait des espèces d’oiseaux multicolores et fluorescentes totalement inconnues. De leur bec jaune s’échappait une mélodie envoutante. Solman se sentait pousser des ailes.  Ses pas se faisaient plus légers et s’extirpaient des ronces dans une fluidité évanescente et sereine. L’ascension touchait à sa fin, quand enfin, Solman Le vit, Lui, Dieu, à portée d’Homme, dans son paradis originel.

Mutique Observation d'Armelle

Il est là seul, cet homme, ce vieux fou entièrement nu, sur ce rocher du bout du monde, ce caillou situé non loin de Lampedusa rythmée par les arrivées massives de migrants éreintés par la vie, déchirés dans leurs espoirs, cassés dans leurs illusions déçues. Il a pris possession de cette petite île il y a 10 ans. Il vit là reclus à regarder les mouettes virevolter au-dessus de sa tête, tanné par le soleil et heureux de contempler la mer, le soleil et l’éternel recommencement des vagues. Il a tout quitté pour oublier. La violence, la peine, la souffrance, le déchirement… Pour s’installer ici, seul. La mémoire lui fait défaut. Il est devenu étrangement hermétique à la cruauté du monde, comme s’il voulait s’en protéger. Voir au bord de l’eau le cadavre de cet homme qui gît ne l’emplit ni de dégoût, ni d’écœurement, encore moins de révolte et d’horreur. Il regarde cliniquement le macchabée se faire déchiqueter par la mouette. Et trouve une certaine beauté dans ce spectacle. La mer apporte son lot de cadeaux, se dit-il. La mer nourricière… L’homme et l’oiseau récupèrent… Tous ces cruels naufrages sont des aubaines pour ce robinson des temps modernes : des bouts de zodiacs éventrés, des vêtements déchiquetés, des gilets de sauvetage perdus sont quelques-uns des « trésors » que la mer lui offre pour orner sa cabane sur la plage.

dimanche 24 janvier 2021

1001 polar

Les 1001 Nuits. C’est dans cet établissement du Boulevard d’Athènes qu’Emile avait rendez-vous. Un hôtel miteux du quartier Malakoff. Ambiance Cour des miracles. L’entrée sombre et poussiéreuse laissait apparaître, au fond d’un étroit couloir, une petite femme voûtée qui semblait murmurer. Emile s’approcha tout doucement, prudent comme un chat, jetant des regards furtifs autour et derrière lui. « L’ennemi est une huître, l’ennemi est une huître, l’ennemi est une huître », psalmodiait la vieille, assise au comptoir d’accueil, dos au tableau de clefs des 15 taudis que renfermaient cet hôtel à l’odeur nauséabonde. Ici, ça puait la mort. La vieille qui semblait folle ne leva même pas la tête. Elle poursuivait sa litanie le regard dans le vide. Emile comprit trop bien le message. Il attrapa les clefs de la chambre 15 et monta à grandes enjambées au troisième étage. Il ouvrit la porte. Trop tard… Yoesf Cohen agent du Mossad dit « l’huître » était pendu au plafond. L’agent Emile Gratssi grimpa sur une chaise et fourra sa main dans la poche arrière du jean du maccabé. C’était prévu comme ça. Il en sortit un message et su qu’il était grillé. Voilà ce qui était écrit : « l’Emile est une huître ».